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Mezzanine, Bruno Bayon

Clément Solym - 25.03.2009

Livre - mezzanine - bruno - bayon


ON aurait pu l'intituler La Garçonnière, ou encore À travers la serrure, afin que soit averti plus encore le lecteur qu'il s'apprête à pénétrer, le terme est faible, dans une succession d'affaires ayant toutes le sexe en dénominateur commun. Rien de semblable avec le texte que nous évoquions hier, Insurrections de Wendy Delorme, toutefois.
 

À titre d'exemple, mentionnons donc le tout premier récit, placé comme le reste du livre, sous l'égide de Barbe bleue. On comprendra au fil des aventures pourquoi pareille tutelle... Cette aventure est celle d'un jeune homme : dans sa famille, une bonne et son fils, lequel, estropié ou du moins demeuré. Il ne faudra que quatre pages pour que l'un et l'autre se retrouvent tous deux à se sodomiser, bien que ce soit dit en des termes autrement plus métaphoriques, et quelque six pages de mieux pour que finalement, le demeuré tue sa mère qui les aura tous deux surpris. Bien sûr le meurtre est une mise en scène de notre jeune homme de bonne famille.
 

À vrai dire, s'il y avait eu des scènes de sexes mieux décrites – entendez, plus concrètement décrites – et des séquences de dissertations philosophiques, on aurait presque conconfu avec le divin marquis de Sade. Mais ce n'est pas le cas.


Or, le livre laissera tout autant prouvé de forces l'aventurier qui en entreprendra l'ascension, que la lecture d'une Justine ou des 120 journées. D'abord, la langue et le style sont complexes et tout particulièrement dès lors que l'on parle de sexe, à savoir en moyenne une page sur trois – il ne s'agit pas là d'un pointilleux sondage TNS-Sofres.

 

Bizarrement, tout s'ampoule et se métaphorise à l'approche d'un sexe, et l'on se demande dans quelle coquille de noix il nous a pris l'idée d'embarquer pour affronter les 41es rugissants. On est baladé avec un vocabulaire choisi et finement ciselé, mais qui donne l'impression désagréable de verser dans le pompeux et, osons-le, le verbeux. Si l'on passe outre cette contrainte, ou que l'on n'y est pas sensible – au sens où cela ne vous hérisse pas le poil et j'avouerai avec plaisir que certaines tournures sont délicieuses, pour s'entretenir de ces choses, alors reste le fonds, indissociable de ces phrases étranges, relevées et rigoureuses.

 

Du cul, du cul, du cul ? Moui, d'une certaine manière. Mais raconté par l'un de ces « je » d'aujourd'hui, dont on ne sait jamais vraiment s'ils sont le fantasme rêvé de leur auteur-narrateur-personnage ou la réalisation frustrée d'une psychanalyse avortée. Quoi qu'il en soit, le personnage, avec ses tournures cyniques et sa franchise à toute épreuve deviendra rapidement sympathique (en tout cas, moi, je l'aime bien...) et si son comportement à l'égard de ses conquêtes en choquait certaines, il devrait recueillir l'assentiment du plus grand nombre dans la gent masculine.

 

Rarement on a vu aussi droit dans son infidélité, aussi sincère dans ses relations, aussi honnête dans ses approches amoureuses. Ce soir, ce sera toi, ma douce, mais demain c'en sera une autre. Et sois assurée d'une chose, je vous aimerai autant toutes deux. Je crois ne pas avoir détourné ni perverti la pensée profonde, M. Bayon, le cas échéant écrivez-moi.

 

Voilà donc une mezzanine accueillante et douillette, où l'on ne perd pas une occasion ni de s'instruire ni de découvrir une nouvelle aventure. À réserver à un public toutefois averti et à des amateurs du genre.

 
 



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