Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

Michael Jackson, de Pierric Bailly

Clément Solym - 03.06.2011

Livre - montpellier - etudiants - fete


Je n’avais pas lu son 1er roman Polichinelle salué par la critique comme la « révélation de la rentrée littéraire 2008 » et pour ne pas passer à côté d’un probable nouveau succès et satisfaire ma curiosité, j’ai entrepris avec confiance la lecture de Michael Jackson, avec une pointe d’impatience à l’idée même de découvrir un genre nouveau et inédit. Et là, je dois dire que ma déception a été à la hauteur de mon engouement : vive et profonde. Difficile de parler d’un livre qu’on a peu aimé, pas détesté pour autant, mais dans lequel on s’est ennuyé souvent.

C’est l’histoire de Luc, jeune homme originaire du Jura, « un péquenaud de 3e génération » qui entreprend des études de cinéma à Montpellier. Il rencontre une jeune femme, Maud, étudiante en psychologie et le roman parle d’eux et de tous ceux qui tournent autour d’eux dans une ville du sud. Michael Jackson est une anecdote, quelques lignes dans le livre à l’instar de Richard Virenque : un repère dans le temps du roman, peut être ? Ou un symbole de « mutation » souligne l’auteur. En tout cas, ce roman raconte les journées de Luc à Montpellier, la vie d’un étudiant ordinaire ou presque.

« J’ai organisé mon emploi du temps de manière à ne jamais devoir programmer mon radio-réveil. Quand je remplis la bouilloire, il est déjà treize heures. Et il est à peu près dix-neuf heures quand je bois mon premier verre d’alcool de la journée. »

Luc décrit ses rencontres, ses longs moments au bar (le John Wayne, « tous les soirs »), ses excès d’alcool, de drogues, le sex-shop, ses soirées, les fêtes alcoolisées où le sexe se débride, ses amis qui se lancent dans le ciné porno, sa rencontre avec Maud, sa famille restée dans le Jura, son histoire de couple, ses disputes, ses balades à la mer (Palavas-les-Flots), ses jeudis au supermarché avec son voisin âgé, la quête de soi, le passage à l’âge adulte, inéluctable. Tous ces événements se passent, sans chronologie réellement définie ni identité claire.

Ainsi, Luc n’est pas toujours le même Luc. Les repères temporels sont flous (il n’est pas né la même année selon les parties du roman, par ex.).
J’avoue que ces subtilités m’ont un peu déroutée, parfois agacée alors qu’elles sont sans doute un élément brillant d’une construction narrative inédite et très moderne. Bref, je me suis souvent perdue dans ce récit, sans doute trop pour m’y sentir bien et m’y plaire.

Et puis surtout, je me suis ennuyée. Cette histoire est un peu conçue comme un huis clos où rien ne bouge véritablement, où l’ennui accapare l’existence avec force de détails « Je ne vivais rien ». Les personnages se stimulent à ne rien faire, « j’ai consacré l’après-midi à la préparation de la sangria » et je reconnais que si cette ambiance est parfaitement bien décrite, analysée avec justesse, même parfois drôle et incongrue, elle est souvent lassante et répétitive.


Luc se regarde, englué dans le moment, presque immobile. « Il faut que je me décide à choisir un résumé, un mode de vie, un type de rapport qui me corresponde. Une femme lucide, agréable, et qui ne me bousculerait surtout pas dans mes certitudes de petit mâle ». Et cela va durer plus de 400 pages ! Des pages et des pages où je ne me sens finalement pas interpellée ni touchée et cette distance finit pas créer indifférence et dispersion, voire un décrochage total. Je perds alors le fil par moments et la structure déroutante du roman permet difficilement de se ressaisir.

À distance je suis restée, malgré une écriture attrayante et un style plutôt talentueux. Dommage !