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Michel Bussi, jeux meurtriers dans les îles Marquises

La Licorne qui lit - 16.04.2020

Livre - Michel Bussi - Soleil redouté - bussi roman critique


ROMAN FRANCOPHONE – Sacrée période, même pour les licornes… Croyez-le ou non, vous n’êtes pas les seuls à être privés de réjouissances, libations et autres promenades au grand air. Ailes bridées, cornes en berne, arc-en-ciel en demi-teinte, mon royaume céleste est aussi entré en confinement. J’entends çà et là des artistes parler de leur expérience intérieure, évoquer la manière dont ils vivent et ressentent cet enfermement imposé. Admirative, je suis, car personnellement, je ne vois pas ce qu’il y’a d’inspirant à se retrouver chez soi, séparé de ceux que l’on aime.



 


Moi, j’aime virevolter entre les nuages, j’aime me laisser surprendre par une rencontre, j’aime flâner dans les couloirs des musées, j’aime observer le monde qui s’agite, qui grouille, qui rit, qui hurle parfois… Trop de silence, trop de vide, trop d’interdits. Pas assez de spritz en terrasse. Toutefois, voyons le verre à moitié plein : le temps s’est distendu. Nous prenons conscience progressivement que nous sommes capables de décélérer, de nous octroyer des pauses, de sortir du paradigme du « je veux, j’obtiens ». Nous réapprenons à attendre. Et surtout, quelle belle opportunité de faire baisser cette fichue PAL !!!
 

Prenant mon courage à deux pattes, et je confesse, quelque peu envieuse — jalouse — de ma cousine zombie, devenue en quelques semaines la star de la rédaction, je reviens pour vous présenter un livre, un livre qui fait du bien. Car oui, Michel Bussi, c’est souvent un petit moment de plaisir, à ne pas négliger en ces temps de restrictions. La grande littérature avec des mots compliqués, la philosophie nietzschéenne, ce sera pour plus tard !
 

Je sais, vous avez envie de vous évader, de partir loin, de quitter votre appartement pour une plage de sable fin, où vous pourriez marcher des kilomètres, pendant des heures, sans attestation. Cela tombe bien : avec ce nouveau roman, Michel Bussi nous embarque direction les Marquises et l’île d’Hiva Oa. Qui d’entre nous n’a pas rêvé un jour de participer à un atelier d’écriture avec son auteur préféré, qui plus est dans un environnement paradisiaque ? Non, ne mentez pas, je sais que vous avez tenté le coup : apprendre à écrire avec Marc Lévy en sirotant un mojito au bord d’une piscine, il y a pire.
 

Au soleil redouté est l’histoire de cinq femmes, bien différentes les unes des autres, qui voient leur vœu s’exaucer. Sélectionnées sur dossier par les éditions Servane Astine, elles s’apprêtent à passer une semaine avec Pierre-Yves François, alias PYF, auteur à succès, afin que celui-ci leur prodigue ses précieux conseils. Elles débarquent aux Marquises, hébergées à la pension du Soleil redouté, tenue par Tanaé et ses deux filles. Il y a Martine, la mamie bloggeuse ; Marie-Ambre, la Polynésienne sexy, accompagnée de sa fille Maïma ; Clém, le garçon manqué ; Farèyne, la commandante de police, qui a pris dans ses bagages son mari Yann, gendarme ; et Eloïse, la jolie et discrète Eloïse.




 

PYF leur impose deux exercices : écrire leur bouteille à la mer, sorte de journal intime sans frein, sans limites, comme si personne ne le lira jamais et un « avant de mourir je voudrais… ». Tout semble parfait sous le soleil des tropiques. Apparence trompeuse. D’abord, il y’a ces Tikis. Représentations sculpturales mi-humaines mi-divines des ancêtres marquisiens et dépositaires du mana — talent, rayonnement, force intérieure — que font ces cinq sculptures neuves dressées autour de la pension ? Puis, la disparition de PYF. Mise en scène pour booster la créativité de nos cinq apprenties ? Fausse piste. L’auteur est retrouvé bel et bien mort. Les cadavres se succèdent.

N’importe qui peut être coupable. Les tensions surgissent. Yann décide de mener l’enquête. Secondé par la facétieuse Maïma, il veut comprendre ce qui se trame sur cette île. Une chute inattendue dévoilera le visage de l’assassin.

Thriller en huis clos, on découvre que chacun a ses secrets, que les personnages sont liés d’une manière ou d’une autre, que personne n’est là par pur hasard. À mi-chemin entre un Cluedo grandeur nature et Les 10 petits nègres d’Agatha Christie, Michel Bussi nous offre une nouvelle fois une intrigue haletante, divertissante et dépaysante. Racontée selon la perspective de trois personnages, Yann, Maïma et Clem, le lecteur glane des indices, afin de reconstituer le puzzle macabre. Sans vous en rendre compte, vous tournerez les pages, encore et encore. Il est fort ce Michel Bussi.

Mais, je préfère vous prévenir, Au soleil redouté n’est pas son meilleur roman — les personnages manquent d’épaisseur et le récit traîne un peu en longueur. Au soleil redouté demeure néanmoins d’une efficacité redoutable, Bussi possédant le mana du conteur… De plus, nous sommes transportés vers un coin de la planète qui mérite d’être connu au-delà des chansons de Brel, des tableaux de Gauguin, des écrits de Melville et Stevenson. Histoire millénaire, croyances profondes et terres d’origines du tatouage, « Veux-tu que je te dise, gémir n’est pas de mise aux Marquises » (Jacques Brel, Les Marquises).



 

Pourtant, l’archipel, comme le reste de la Polynésie, a été meurtri par la colonisation, les essais nucléaires, l’isolement, le manque de soutien de la métropole… Malgré le panorama et les paysages, la vie au soleil est parfois à redouter. Il semble important de s’en rappeler et rendre hommage à ces populations qui ont tant souffert. À nous aujourd’hui de ne pas oublier la chance que nous avons de vivre, respirer, d’être libres.

Ce moment que nous vivons, nous nous en souviendrons, longtemps sûrement. À nous de transformer cette parenthèse anormale en une énergie positive, en une expérience de proximité, avec soi et les autres. Construisons nos propres tikis, symboles de notre capacité à faire face et à nous relever, plus grands, plus généreux, plus humains…
 

Sur ce, mes licorneaux et mes licornettes, je vais remplir mon attestation de vol dérogatoire, j’ai faim ! Restez chez vous, vous avez tant à lire, tant à écrire, tant à découvrir. À tout bientôt, promis…




Michel Bussi – Au soleil redouté – Presses de la Cité – 9782258193109 – 21,90 €


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