Michel Pageau, Trappeur, Françoise Perriot

Clément Solym - 15.05.2009

Livre - Michel - Pageau - Trappeur


Rares, certainement, sont ceux à qui le nom d’Abitibi-Témiscamingue évoque immédiatement quelque chose de très précis ! Au nord-ouest de Montréal (Québec, Canada), c’est un immense pays de bois et de lacs où, avant la ruée minière, ce fut l’exploitation de la forêt sous toutes ses coutures qui attira les « colons ».

Encouragés par les gouvernements successifs, chassés des villes des bords du Saint Laurent par la crise de 29, accompagnés par l’Église, attirés par des territoires sauvages, cela fait une centaine d’années que ces « émigrants » de l’intérieur ont commencé par vagues successives à venir disputer leur terre ancestrale aux populations autochtones, algonquins et cris !

Ce n’était pas encore, mais cela n’allait pas tarder à le devenir, la route vers la Baie-James et la Baie d’Hudson. Rapidement, le commerce des fourrures issues de la trappe y fut d’un grand attrait. Puis l’exploitation forestière est venue disputer les grands espaces aux trappeurs. C’est là qu’est né, au début des années 1940, Michel Pageau. De lui, ses enseignants diront que « ce n’est pas une mauvaise graine, mais une plante sauvage qui pousse au mauvais endroit » !

Plus intéressé par ces animaux divers qu’il capture que par l’enseignement scolaire qu’on voudrait lui inculquer, Michel fait comme chantait Jean Ferrat : « le front contre les carreaux, (il) rêve au loin (…), regarde passer les oiseaux, fait la leçon buissonnière ».

Les années passant, après son permis de chasse et de trappe, Michel Pageau deviendra un trappeur renommé bien au-delà de la qualité et de la quantité des fourrures qu’il aura prélevées sur ses terrains de prédilection. En effet, personne ne sait, comme lui, capturer un porc-épic en l’apprivoisant de la voix et en évitant qu’il ne se sente menacé au point de « lancer » quelques-uns de ses dards. Personne ne sait, comme lui, amadouer une moufette - pourtant oh combien redoutable avec ses jets malodorants - avant de l’opérer pour lui enlever les glandes à musc situées près de l’anus. Et si l’école n’a pas su lui apprendre beaucoup, il est pourtant bien capable de reconnaître n’importe quel cri d’oiseau et de l’identifier immédiatement.

Peu à peu, face au regard de ses enfants qui ne goûtent pas de le voir préparer ses pièges, Michel Pageau va sentir s’insinuer en lui « les pleurs de la forêt » qu’il n’a jamais indistinctement agressée, mais dans laquelle, depuis des années, il reste un prédateur !

Et naît progressivement dans son esprit et dans celui de sa femme, l’idée d’un refuge pour animaux qu’il va créer dans une immense propriété qu’il a acquise. Avec ses enfants, c’est désormais un « Centre d’Interprétation de la Faune » qu’il propose aux visiteurs : orignaux, loups, bernaches, ours… Rien n’y manque ! Michel Pageau a toujours soigné les animaux blessés. Il a toujours déplacé plutôt que tué ceux qui prenaient un peu trop de libertés autour de certaines maisons et gênaient voire effrayaient leurs occupants. Il a toujours respecté ses proies et, en prédateur averti, n’a jamais pris le risque de « tuer la poule aux œufs d’or » en rendant excessive la pression de trappe sur le milieu.

Aujourd’hui, c’est en protecteur de la faune qu’il organise son « Centre d’Interprétation » ! Exclusif ! Un participant à la gestion du milieu et de sa faune pour ne plus entendre « pleurer la forêt ». Ce n’est pas le récit d’une rédemption que nous propose, là, Françoise PERRIOT. Non ! Rien à voir. C’est l’histoire d’une vie et son évolution depuis une époque jusqu’à une autre.

Elle a la finesse de ne pas juger et de livrer les faits bruts d’une vie où tuer des animaux a d’abord commencé par être un moyen de survie et où les sauvegarder est devenu ensuite l’alternative pour une même finalité ! Elle a su apprivoiser un homme sauvage pour en devenir la biographe et a gardé tout le recul pour laisser le devant de la scène à cet homme qui a accepté de lui réciter sa vie.

Le Refuge Pageau n’est certainement qu’une toute petite goutte d’eau claire dans un océan d’eau polluée, mais il a le mérite d’exister et de faire passer un message clair aux générations futures : « Il a chassé le naturel et le naturel n’est pas revenu au galop » comme l’a dit Jules Renard. Un petit pas pour l’Homme…

Alors, moi, au-delà de toute considération littéraire, un homme qui garde, soigne et parle aux loups, je ne sais que goûter goulûment !


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