Millenium blues : la génération de l'illimité, par Faïza Guene

Nicolas Gary - 18.01.2018

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« Parce que c’était elle, parce que c’était moi. » Carmen et Zouzou c’est Montaigne et La Boétie, 450 ans après. À la vie, et à la mort. Un roman qui parle d’une adolescente fougueuse, impétueuse, à qui tout semble réussir, parce qu’elle a l’audace. Et de son amie, toute en contrepoint. Une amitié scellée par la mort.



 

 

Zouzou et Carmen sont dans une voiture : 18 ans, coincées dans les bouchons porte de Clichy, alors que la canicule de 2003 brûle toute la France. Dans la Seat qui les transbahute, les deux filles ont la même conversation que chacun à cette époque : « Les malaises [...] les pépés qui tombent comme des feuilles mortes. » 

 

La chaleur est écrasante, et au milieu des autres voitures, elles attendent. Quand se dégage un peu de place sur la file de droite, Carmen au volant s’engouffre. Un scooter. Un choc. Les freins qui crissent. Et le corps d’une jeune femme, allongé sur l’asphalte. Morte. Deux ans plus tard, c’est la condamnation : homicide involontaire.

 

Carmen et Zouzou s’étaient rencontrées jeunes, à l’époque où l’on débute le collège, ou peu s’en faut. Et leur adolescence, elles l’ont passée comme on peut. Carmen révoltée, splendide et téméraire. Zouzou engoncée entre la vie chez sa mère, et parfois en alternance chez son père. Quinze ans de vie commune, à laquelle ses parents ont mis fin, un mauvais jour. 

 

Comme si elle, leur fille, n’était plus l’enfant de l’amour, mais l’enfant de la désunion. À 12 ans, on a la vie devant soi. À 20 ans, avec la culpabilité d’un homicide volontaire, elle finit par vous écraser. La vie continue ? Non. « [U]n médecin lui a gentiment prescrit une ordonnance où se bousculaient somnifères et anxiolytiques. Docilement, Carmen les a ingurgités, tous les jours, à heure fixe, jusqu’à ce qu’ils deviennent d’indispensables compagnons ».

 

 

 

Les Milleniums, cette génération punaisée sur le grand tableau de chasse des fournisseurs de téléphones portables et de forfaits, n’aura probablement jamais eu plus bel hommage. On la dit sacrifiée, perdue, désœuvrée, et probablement oublie-t-on des choses, autant que celles-ci peuvent être vraies. 

 

Le blues, ce sentiment de nostalgie mêlé de spleen, c’est celui de la fin du siècle. Alfred de Musset avait écrit les Confessions d’un enfant du siècle, avec ce style souvent larmoyant des romantiques. Faïza Guène brosse le portrait, à travers ces deux jeunes filles, de Gamines du siècle, cent ans plus tard. 
 

[Extraits] Millénium blues de Faïza Guène

 

Poignant, son roman est ciselé avec cette écriture qui l’avait démarquée huit ans plus tôt, quand Kiffe Kiffe demain avait débarqué. À l’époque, personne n’écrivait comme elle, personne n’avait cette vivacité si expressive. Avec Millenium Blues, elle observe sa génération avec ce même scalpel, manié avec plus d’émotion encore. Et chaque page contient une punchline éligible au statut de maxime à se répéter sans cesse...

 

« Cela devrait être un droit fondamental, qu’il faudrait inscrire dans la constitution. Ceux qui espèrent ont toujours une longueur d’avance. » Un exemple. Parmi tant d’autres magnifiques.

Faïza Guène - Millenium Blues - Fayard - 9782213681245 - 19 €




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