Mistral perdu ou les événements : je suis deux, je suis nous

Cécile Pellerin - 09.02.2018

Livre - Littérature française - années 1970-1980 - mort


Parfois certaines histoires nous semblent extraordinaires. Intimes et personnelles, elles deviennent à la lecture, universelles, exactement destinées à celui qui lit. Fusionnelles. Mistral perdu fait partie de celles-là.
 

A travers de menus détails, elle réveille nos propres souvenirs, ravive des images oubliées, des odeurs et des bruits, redonne goût à des saveurs lointaines, laisse se former au fond de la gorge, une boule d’émotion, mélancolique et tendre mais évite toute effusion de sentiments, retient les larmes, si douces soient-elles.
 

Attentive, discrète, simple, l’écriture d’Isabelle Monnin est sans emphase. Immédiate et sensible, elle conduit le récit de manière ininterrompue, avec grâce, justesse et pureté et ne se quitte alors qu’à regrets. Mais l’ardeur de la lecture demeure après coup, intense et précieuse et rend singulièrement et délicatement heureux.
 


 

Le récit de l’enfance puis de l’adolescence de la narratrice, précisément inscrit dans l’ambiance des années 70 et 80, à l’époque du Club des cinq, des sous-pulls, du bulgomme sous la nappe,  des Toffoli sur les murs, de Mort Schumann et des premiers tubes de Renaud, du bahut, de la corres et de Touche pas à mon pote, capte l’ordinaire d’une l’existence dans une famille de gauche de classe moyenne, dépeint les relations exclusives de deux sœurs, les joies et les épreuves, les blessures, l’apprentissage de la vie, la quête  et la construction de soi jusqu’à l’âge adulte (jusqu’à aujourd’hui) et la douloureuse confrontation à la mort intime.
 

“Le chagrin est une maladie longue […] Lécher les plaies, essorer les yeux prend du temps. La peine peuple chaque endroit, elle creuse des galeries invisibles, son ciel cendreux nous engloutit. C’est comme vivre à côté de tout.”
 

Superbement adossée aux événements extérieurs d’une société française qui connaît des remous, tentée par le repli identitaire et la haine de l’étranger, l’histoire personnelle et en même temps collective des personnages ne laisse jamais à distance ou à l’écart.
 

Très proche, elle interpelle, saisit par sa force réaliste et authentique. Complice du lecteur, elle l’immerge dans ses propres préoccupations, douleurs et amertumes, conte une vie qui lui ressemble. Un effet de résonance accaparant et surprenant. Exaltant.
 

Isabelle Monnin trouve l’exacte distance. Et c’est la force de ce livre. Même s’il revêt une tristesse et une solitude infinies, témoigne du vide de l’absence inapaisée, du deuil impossible, il déploie avec la même intensité,  une belle douceur poétique et une énergie lumineuse et chaleureuse, absolument rayonnante. Et cela donne le sourire. Sans forcer.
 

“J’ai appris à être heureuse et si triste pourtant. Ou bien : j’ai appris à être heureuse parce que si triste pourtant.”
 

Isabelle Monnin- Mistral perdu- Jean-Claude Lattès - 9782709660822 - 320 pages -  17 euros




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Pour approfondir

Editeur : Lattes
Genre :
Total pages : 200
Traducteur :
ISBN : 9782709660822

Mistral perdu ou les événements

de Isabelle Monnin

C’est une histoire intime, deux sœurs grandissent ensemble dans la France provinciale des années 1980  ; et puis l’une meurt.C’est une histoire politique, on croit qu’on appartient à un tout  ; et puis on ne comprend plus rien.C’est l’histoire du je et du nous, ces deux-là s’intimident, ils se cherchent, parfois ils se trouvent  ; et puis ils se déchirent.C’est l’histoire de valeurs, elles disent qui on est  ; et puis elles se laissent bâillonner.C’est l’histoire d’un chanteur préféré, tendre et rebelle  ; et puis il finit par embrasser les flics.C’est l’histoire d’un hier, où ne comptait que le futur  ; et puis des aujourd’hui, malades du passé.C’est l’histoire d’un monde qui se croyait fort et paisible  ; et puis il réapprend la haine.C’est l’histoire qui nous arrive  ; et puis l’impression de ne plus y arriver.C’est une nostalgie, sans doute, mais pas seulement  : dans la mémoire de ce qui fut, demeurent peut-être les graines de ce qui renaîtra, après la catastrophe. 

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