Moi, Cheeta , une autobiographie hollywoodienne : Umgawa !

Cécile Pellerin - 03.04.2015

Livre - Littérature anglaise - Tarzan - Mémoires


Si vous êtes nostalgique de Johnny Weissmuller, Maureen O 'Sullivan (pour les six premiers films) et Cheeta et si vous avez vu les douze films de Tarzan (1932-1948), ce roman insolite pourra agréablement (et non sans humour) compléter vos connaissances et affiner votre culture cinéphile autour de Tarzan.

 

Si ce n'est pas le cas, si Tarzan au contraire, vous rapproche de l'univers Disney ou de Greystoke, il est probable que cet ouvrage vous perturbe quelque peu, vous égare également à moins que la description des fastes d'Hollywood et des sept "usines à rêves" des années 35-40  (parmi lesquelles Warner, Mayer, Goldwin…) n'attisent votre curiosité et ne vous entraînent ensuite à découvrir Tarzan, l'homme singe, le Vrai, le Seul, celui dont le cri inimitable "Aaahhheeyeeyeeyeeaaaahheeyeeyeeyaaahhh" reste inoubliable, porteur d'une émotion intense bien éloignée de l'effet ridicule que son écriture (représentée ci-dessus) peut laisser supposer.

 

Un conseil. Une fois l'ouvrage refermé, regardez Tarzan et sa compagne,  ou Les Aventure de Tarzan à New-York. Il est certain, qu'au-delà du divertissement, Cheeta va vous sembler étonnamment complexe par son double-jeu.

 

Le narrateur est donc un singe mâle (femelle pour le rôle) qui, depuis sa maison de retraite de luxe à Palm Springs, lorsqu'il n'est pas occupé à peindre des tableaux abstraits, raconte son enfance dans la jungle africaine, son arrivée à New-York en 1932 et son transfert jusqu'aux studios hollywoodiens où il deviendra une véritable célébrité aux côtés de Johnny Weissmuller, à l'instar de King-Kong et autre Rintintin.

 

Dans un style percutant, avec ardeur, drôlerie et une certaine férocité parfois, Jiggs alias Cheeta livre son ascension remarquable, de petit prince de la canopée, entouré de sa mère au pelage "de la couleur du Coca-Cola à travers les glaçons" et de sa sœur, se baladant d'arbre en arbre, évitant les "hostiles" puis séparé d'elles, rassemblé avec d'autres animaux de la savane sur le Forest Lawn afin de gagner l'Amérique et devenir acteur à part entière à Hollywood.

 

Son regard, souvent corrosif, se porte tour à tour sur les acteurs qu'il côtoie (Johnny et Maurreen notamment mais aussi David Niven, Marlène Dietrich, Carole Lombard, Cary Grant, Peter Lorre ou Chaplin…), les cinq épouses de Weissmuller, ses compagnons animaux et leurs difficiles conditions de travail, les dompteurs cruels et même sur Jane Goodall, la primatologue et entraîne le lecteur au cœur d'un monde de célébrités agitées par la jalousie, l'orgueil, la gloire et la neurasthénie,  carrément pathétiques d'ailleurs où l'alcool et les drogues ne parviennent plus à créer l'illusion de bonheur.

 

Les fêtes chez Marion Davies, "le Sexe fin saoul […] cet attirant bouquet olfactif d'urine, de vomi, de mycose, de sueurs et de menstruations", dans le manoir d'Harold Lloyd, chez Doug Fairbanks et ailleurs  alternent avec le rêve sur la corniche (studios de la MGM).

 

Par les anecdotes, les potins de la jetset, tous plus vrais que nature, les aléas de tournages, les rivalités entre Jane ("cette vieille mégère inoffensive") et Cheeta, l'amitié troublante de l'animal avec Tarzan,  l'auteur, James Lever intrigue et divertit mais parfois, l'effervescence et la densité du récit, et notamment le flot ininterrompu de références culturelles, frustrent et malmènent le lecteur non initié, pas suffisamment cinéphile pour saisir tous les détails et sous-entendus.

 

Le rythme virevoltant pourtant fluide, semble vouloir ralentir alors. Ainsi mis de côté sur certains chapitres, le lecteur s'ennuie un peu, se retient pour ne pas sauter quelques pages même si la bonne humeur et le plaisir, l'originalité du livre l'emportent tout de même au final.