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Mon ami Bao : ou comment apprivoiser la pieuvre de Gisèle

Cécile Pellerin - 23.01.2014

Livre - Dépression - Différence - Amitié


Mon ami Bao est le premier livre du cinéaste et chanteur québécois Stéphane Lafleur, illustré par Katty Maurey, québécoise également. Un livre inclassable que proposent les Editions La Pastèque (basées à Montréal). Entre bande dessinée et roman illustré, cet ouvrage, vraiment pas ordinaire, dans sa forme comme dans son fond, ravira un large public, à la fois amateur de poésie, sensible aux dessins épurés, parfois proches de ceux d'un album jeunesse.

 

Avec beaucoup de délicatesse, de douceur et d'émotion, les auteurs racontent, entre autres, l'histoire de Gisèle, jeune femme dépressive. Au-delà de sa mélancolie et de sa tristesse, des ses atermoiements, de ses rechutes, exprimés avec pudeur, ils  décrivent avec une justesse remarquable, une tonalité percutante, toute la difficulté  (voire l'impuissance) que rencontre son ami (ici le narrateur) pour l'aider à sortir de son enfermement destructeur.

 

« Gisèle a du gros bouillon de brouillard dans la tête. Un nuage opaque qui s'acharne et la suit partout. »

 

Sans jamais la juger ni vouloir la diriger ou la conseiller, avec des mots simples et parcimonieux (ou des absences de mots même parfois) habiles et apaisants, des dessins un peu naïfs, sans relâche, le récit semble vouloir envelopper la jeune fille et la protéger, par-dessus-tout. Au-delà d'elle-même, de ce mal intérieur qui semble pouvoir la dévorer.

 

« Trouver les mots qui veulent dire de ne pas s‘en faire. »

 

Sans jamais la blesser ni la blâmer ni même la fatiguer. Ici les mots soutiennent, sans excès ni violence (sauf pour fustiger la maladie). Ils sont là pour accompagner et rassurer Gisèle.

 

Cette nécessité de protection absolue trouve alors sa source dans cette histoire parallèle de Bao, ce jeune homme immensément grand qui défie les lois de la science, « extraordinaire », malgré lui et qui pourrait alors, par son aspect « hors-norme »  justement, soulager une douleur, elle-aussi incommensurable.

  

Deux histoires qui se rencontrent bien sûr, fusionnent avec grâce et une infinie douceur, un lien léger qui éblouit le lecteur, le submerge même un peu. Le voilà commotionné mais ce trouble-là rend heureux.

Le livre déborde d'empathie et de bienveillance et ces sentiments se communiquent sans effort au lecteur. Soudainement, il rêve lui aussi d'enserrer Gisèle de toutes ses forces, d'amenuiser sa peine, comme happé par l'histoire, intimement interpellé.

 

Ce personnage a pris vie et sa fragilité, tellement concrète, à la fois tragique et attirante, libère des émotions, (prévoyez des mouchoirs) mais au final apaise et contente. C'est certain, il y a une grande puissance dans ce roman dont on ne peut se défaire aisément ensuite.

 

Ainsi  plusieurs (re)lectures devraient suivre. Et la guérison de Gisèle aussi tant ce livre lui porte une attention hautement désirable, rare et précieuse.