Mon père était très beau, Francesco Savio

Clément Solym - 28.05.2012

Livre - Mon père était très beau - Le Dilettante - Francesco Savio


Passées les ruelles du Carmine, ses commerçants et sa belle nature, c'est l'enfance du narrateur que nous traversons avec délicatesse. Dans cette ville d'Italie au pied du mont « Cidnéo », la vie quotidienne semble rythmée par les saisons et l'école. Pourtant, c'est avec grande justesse que le lecteur se trouve face au deuil, à la confrontation d'un enfant de neuf ans avec la compassion adulte, aux interrogations qui ne cesseront plus d'arpenter son esprit, dorénavant. 

 

Au cœur d'un village : l'enfance. Il y a la Garza, qui n'est plus la belle rivière d'antan, mais avec laquelle on s'amuse encore ; la lecture journalière de la Gazetta ; les documentaires que le narrateur aime dévorer ; les parents, Léonilde et Guerrino.


Les journées s'égrènent à coups de pédale pour gagner, même seul, la course cycliste et à coups de pied dans le ballon, au milieu du terrain de foot du foyer paroissial. Jouer toujours. Sous la pluie ou le soleil cuisant. Des heures durant, sauf quand il s'agit de rejoindre les filles et surtout la belle Aurora : le jeu devient plus intime. A la maison, le jeune garçon continue avec une balle de mousse jaune. C'est Pénélope, le chat, qui sert alors de gardien.


Ainsi il grandit jour après jour, toujours aux côtés de son idole de terrain : Michel Platini, tout en songeant aux différents hommes possibles qu'il pourrait devenir.

 

C'est un flot de souvenir, toujours précis, qui marque chacune des pages de Mon père était très beau. Le narrateur déploie les images qui l'habitent encore, plusieurs années après : le temps heureux du vélo rouge et de ses promenades, l'anxiété du papier toilette, le regret d'un père (qui sera bientôt défunt), la passion du foot, la découverte de l'amour. La jeunesse est là, dans sa fraîcheur, bien qu'elle se mêle sans cesse à une voix autre qui s'apparente à celle d'un narrateur plus distant.


Au-delà des journées de jeux et d'aventure avec Andrea, son meilleur ami, se posent manifestement les diverses interrogations d'un enfant face à la vie d'adulte, à son devenir, à ses sentiments naissants. Car les occupations ordinaires d'un garçon de neuf ans ne sont pas seulement empreintes d'une innocence joviale. 

 

En effet, depuis la « mort du père », le garçon connaît la biligorgne : terme qu'utilise Léonilde « pour définir une espèce de mélancolie qui frappent les gens sans qu'ils sachent pourquoi. Une forme de tristesse et d'envie de ne rien faire qui finit par passer ».


Tout bascule alors : dernier homme de la maison, va-t-il devoir quitter l'école et abandonner son rêve de football pour reprendre l'affaire familiale de matelas ? Pourquoi ce bégaiement à chaque « situation publique » ? Ces mots qui ne sortent plus ? Cette envie de mort ? La religion du silence a désormais pris place. Le garçon observe, se tait et regarde. Le sol et les carreaux la plupart du temps, pour éviter le regard des autres qui le plaignent. Le mieux est alors de croire que le père est « disparu », et pas « mort ».


C'est-à-dire le penser ailleurs, le chercher à Venise par exemple où il aurait pu devenir pêcheur. Que signifie réellement « ne-plus-être-là » ? Qu'est-ce que cela implique pour soi, pour les autres, pour lui ? Pourquoi chercher ainsi les dépôts de son regard quelque part ?

 

Tout au long du roman, c'est la vie simple et évidente qui nous est contée d'une voix jeune, naïve mais si vraie. Avec un style sobre, l'auteur permet à son lecteur de retrouve la justesse de l'enfance. On ne peut qu'être touché par ce qui est évoqué de façon si frappante : le difficile rapport aux autres, la volonté de rêver et surtout, un véritable hommage au père.