Monastère : un voyage au goût d'inachevé

Xavier S. Thomann - 05.03.2014

Livre - Israël - Halfon - Voyage


Eduardo Halfon est un jeune écrivain guatémaltèque dans le vent. En 2013, il nous avait agréablement surpris avec la Pirouette (Quai Voltaire). En 2014, il revient avec Monastère, récit d'un voyage en Israël que l'on imagine volontiers autobiographique. Les ingrédients qui faisaient le charme de son précédent roman sont toujours là : une vraie maîtrise du romanesque, un petit côté brillant, une alternance entre profondeur et légèreté. Mais ici il manque quelque chose, et la lecture se termine sur un goût d'inachevé. 

 

 

Eduardo arrive à Jérusalem après quinze heures de vol en provenance d'Amérique centrale. Il n'a qu'une seule envie, récupérer ses bagages et fumer quelques cigarettes. Ce n'est pas de gaité de cœur qu'il se rend en Terre sainte. Il s'y rend pour assister au mariage de sa sœur, qui doit devenir l'épouse d'un Juif orthodoxe. Étant lui-même athée, il ne goûte que très peu la ferveur religieuse nouvelle de sa sœur. Son frère et ses parents non plus. Ambiance garantie. 

 

Alors qu'il regarde défiler les valises, il aperçoit Tamara, une Israélienne rencontrée au Guatemala quelques années plus tôt. Il ne sait pas trop en quels termes ils se sont quittés, mais l'émotion de cette apparition imprévue est certaine. 

 

 

Son séjour prend une perspective nouvelle quand elle lui laisse son numéro, lui proposant de lui faire découvrir la ville. Toutefois, l'auteur choisit un autre chemin, et le roman devient prétexte à un va-et-vient incessant entre le passé et le présent, entre Eduardo et ses ancêtres. C'est donc un jeune homme qui se cherche, qui veut trouver un sens à son ascendance. 

 

Commence une réflexion sur sa généalogie. Une famille éclatée aux quatre coins du monde : « Ils avaient décidé que chaque frère et sœur s'installerait dans une ville différente : Paris, Guatemala, Mexico, Cali, Lima, La Havane, Manhattan, Miami ». Tout semble le porter vers Israël. « Que ça te plaise ou pas, que tu le veuilles ou non, tu es aussi juif qu'eux» Et pourtant, il n'est guère emballé par ce qu'il voit. 

 

Quant à nous, nous sommes déçus par tant de pistes inexplorées. On est d'autant plus déçu que Monastère comporte quelques très beaux passages. Le voyage du narrateur en Pologne par exemple, sur les traces de son grand-père, à Lodz. La manière choisie par Eduardo pour comprendre l'indicible. 

 

« Et tandis qu'ils continuaient à parler j'avais pensé au numéro tatoué sur l'avant-bras de mon grand-père. Je pensais aux cinq chiffres verts et délavés, s'éteignant maintenant sur l'avant-bras de mon grand-père, sous ce gros édredon noir et violet. Je pensais à Auschwitz. Je pensais aux tatouages, aux numéros, aux dessins, aux temples, aux crépuscules»