Mondocane, de Jacques Barbéri : post-apocalypse, l'humanité reconfigurée

Nicolas Gary - 14.11.2016

Livre - apocalypse humanité destruction - intelligences artificielles univers - Jacques Barberi Mondocane


Les Italiens ne s’offusqueront pas d’entendre Jacques Barbéri titrer son dernier livre Mondocane. Juron traditionnel, c’est aussi le nom choisi par Paolo Cavara, Gualtiero Jacopetti et Franco Prosperi pour un documentaire sorti en 1962. Choquant parce que, puisant dans des images réelles, le documentaire ouvrit la voie à un nouveau genre, le Mondo – pseudo-documentaire cru, et à vif...

 

 

 

Si dans le Mondo, sexe, violence et érotisme sont au cœur de l’activité documentaire, le livre de Barbéri n’était pas aussi violent dans ses premiers temps. Originellement, le texte était une nouvelle, qui fut changée en roman en 1990, et publié chez Présence du futur. Réécrit et repris, il est sorti chez La Volte, en mai dernier. 

 

Avec sa couverture façon fin des temps, signée Jef Benech et Philippe Sadziak, et une quatrième plus flippante encore, le roman n’a rien de la promenade de santé. C’est de toute manière l’histoire de la fin du monde que raconte Mondocane. Un croisement effrayant entre Candide et Barjavel, tous deux perdus dans les cauchemars fantasmagoriques de Stephen King. Et voici pour l’ambiance. 

 

 

 

Sur fond de guerre apocalyptique, on découvre deux Intelligences Artificielles gouvernant des blocs territoriaux. Leurs concepteurs leur avaient soigneusement enseigné de ne pas mettre l’espèce humaine en danger, mais les IA, vient un moment où, fatalement, ça disjoncte. Jack Ebner, l’une de nourrices de ces deux affreux rejetons, se retrouvera au déclenchement même d’un conflit opposant Transamérique et Eurocentre... mais lui va échapper à l’apocalypse.

 

Réveillé sept années après l’éclatement du conflit, c’est une Terre tout à la fois défigurée et reconfigurée – au sens propre, même si c’est parfois très salement fait... – qu’il va parcourir. D’abominations génétiques en créatures mortelles, on part avec lui à la rencontre de nouvelles existences. Les paysages désolés abritent maintenant une population qui s’adapte. 

 

Bien évidemment, on aime ici retrouver la douce incertitude qui plane dans le roman Ravage de Barjavel. Mais autant le livre paru en 43 était un summum soft, autant le livre de Barbéri décolle la rétine, noie le cortex et se fraie un chemin à la pelleteuse dans l’imaginaire. À l’image de la crudité du Mondo, le livre brosse le tableau d’une nouvelle race humaine, mutée, mutante, et de ses nouveaux enjeux.

 

Donc de sa nouvelle humanité. Dire que l’on retrouve Cronenberg ou Lynch dans le livre permet de donner une note esthétique – l’image et l’imagerie qui se déversent chez le lecteur. Guerre de rien, le roman de 90 revu et corrigé, était une fantastique base pour donner à voir un monde perdu, gouverné par ces effrayantes forces que représentent l’intelligence artificielle. 

 

Lire un extrait de Mondocane de Jacques Barbéri

 

L’astrophysicien Stephen Hawking explique régulièrement que cette évolution technologique pourrait être la meilleure ou la pire des choses que l’humanité n’ait jamais inventées. Et qu’à ce titre, elle pourrait tout à fait mettre fin à l’humanité. Barbéri répondait alors, plus de 25 ans auparavant, que l’IA ne mettra pas fin à l’Humain, elle en produira un nouveau. 

 

Un pessimisme partagé, donc, jusqu’à une certaine évolution.  

 

 

Le roman est par ailleurs fourni avec un album de Paolo Alto, dont Barbéri est cofondateur et Klimperei. Une approche plutôt expérimentale, qui n’enrichit pas nécessairement la lecture.


Pour approfondir

Editeur : La Volte
Genre : science fiction...
Total pages : 300
Traducteur :
ISBN : 9782370490254

Mondocane

de Jacques Barbéri

Eviter consciencieusement tout ce qui peut mettre en péril la race humaine avaient dit leurs concepteurs… Mais que peuvent bien signifier les concepts de race et de péril pour une IA comme Guerre et Paix ? Jack Ebner, miraculé de la guerre survenue entre le bloc 17, la Transamérique, et l’Eurocentre, va explorer une Terre mutante, et devoir comprendre les puissances à l’œuvre. Jacques Barbéri affole les codes de la littérature et de la science-fiction : dans un paysage digne d’un Jerôme Bosch surréaliste, il tisse un roman poétique, déjanté et visionnaire.

J'achète ce livre grand format à 22 €

J'achète ce livre numérique à 11.99 €