Moro-sphinx, de Julie Estève : touchante, vulnérable et passionnée

Anahita Ettehadi - 25.04.2016

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Avec Moro-sphinx, paru chez Stock en avril 2016, Julie Estève livre un premier roman noir d’une cruelle beauté. Le Moro-sphinx, ou Sphinx colibri, est une espèce d’insecte appartenant à l’ordre des lépidoptères qui butine les fleurs à l’aide de sa longue trompe. La racine mor, du préfixe moro, vient du latin morus, qui signifie fou, extravagant. En effet, l’insecte, contrairement aux autres papillons, disparaît aussi vite qu’il est apparu et cette particularité lui a valu l’appellation de « Mouche folle  ». 

 

 

 

 

Lola est un Moro-sphinx. Parisienne d’une trentaine d’années, elle mène une vie bien loin des conventions. Chaque fois que son corps en ressent le désir, le besoin – un besoin devenu vital – la jeune femme part arpenter les bars où elle pourra se perdre dans l’alcool puis se repaître de la chair d’un mâle afin de soulager ses pulsions, broyer sa douleur. Après l’ébat, Lola sectionne un bout d’ongle de son partenaire qu’elle garde précieusement dans un bocal en verre.

 

Ce tas de « griffes  » la rassure, l’apaise. C’est sa collection de trophées. Elle croit pouvoir oublier sa solitude, fuir son passé en se donnant littéralement en pâture aux hommes. Mais sa plaie est toujours aussi vive, le vide toujours aussi grand, et son appétit sexuel devient chaque jour plus insatiable…

 

Dans une prose crue et tortueuse, Julie Estève entraîne le lecteur dans les abysses humains. À travers le portait de Lola, on prend de plein fouet la noirceur de l’existence  : ses vices, ses tourments, ses drames. Au premier abord, la protagoniste apparaît comme une femme artificielle, dédaigneuse, arrogante, fière. Elle est la femme fatale, belle et séduisante.

 

Elle le sait, elle aime en jouer. Mais ce n’est qu’une façade qui lui permet de dissimuler, bien maladroitement, son infinie tristesse. Lola n’est plus qu’un corps, son âme est malade. Elle n’a aucun but, aucune ambition, aucune attache. La jeune femme possède de nombreuses séquelles que le temps ne semble pas être en mesure de guérir. 

 

C’est un personnage véritablement incarné auquel le lecteur s’attache et s’identifie par moments. Car certaines réactions, certains ressentis ne sont que trop familiers. Qui n’a jamais éprouvé pareille solitude  ? Qui n’a jamais connu l’abandon, la perte  ? L’auteur excelle dans sa façon de sonder les tréfonds, les failles, de l’être humain. Elle dresse des profils psychologiques nuancés et justes, s’appuyant sur la dualité de la personnalité, entre folie et raison, instabilité et équilibre.

 

Malgré son côté antipathique, Lola est également touchante, vulnérable et passionnée  ; elle conserve une part de douceur et d’innocence. Moro-sphinx est un conte urbain, sombre et tragique, magnifié par une écriture viscérale et en dents de scie qui fait l’effet d’une liqueur forte. Le lecteur parcourt, fébrile, le récit, et reste abasourdi une fois la dernière page tournée. 

 

Découvrir un extrait de Moro-sphinx de Julie Estève


Pour approfondir

Editeur : Stock
Genre : litterature...
Total pages : 150
Traducteur :
ISBN : 9782234080959

Moro-sphinx

de Esteve, Julie

Lola est une jeune trentenaire parisienne, comme les autres. Enfin, pas tout à fait. Jamais la phrase dite par Charles Denner dans L'homme qui aimait les femmes de François Truffaut n'a été ici si bien appliquée : les jambes des femmes sont des compas qui arpentent le monde en tous sens. Lola arpente Paris, mi-bobo mi-amazone d'aujourd'hui, lointain souvenir de la Lola de Jacques Demy, et chaque fois que son envie devient plus forte que la raison, l'homme succombe, chasseur devenant proie, même le plus laid, même le plus repoussant. A la fin de l'acte, clac, elle lui coupe un ongle. Lola, c'est M la maudite, aux pulsions guerrières. Elle semble sortie à la fois d'un manga, bouche rouge et grands yeux, et d'un film de Lars Van Trier, pour ses attirances contradictoires et l'envie de tout fracasser. Alors, pourquoi ? On le saura peu à peu. Jusqu'à ce que Lola tombe amoureuse, mais est-elle vraiment faite pour l'amour ? Et si la passion, c'était la fin du rêve ?

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