Mort d'un enfant à Florence : le corps retrouvé n'élucide rien...

Mimiche - 02.07.2018

Livre - Marco Vichi roman - Mort Florence roman - enquete polar Italie


Quand la sonnerie de la porte retentit, Franco Bordelli, commissaire de son état, était déjà éveillé malgré l’heure matinale et l’absence de lumière. Il avait déjà eu le temps — un – de se rappeler qu’il n’était pas nécessaire de chercher Elvira à côté de lui dans le lit car elle l’avait quitté depuis pas mal de temps déjà, — deux — de voir revenir à lui tout le dossier du petit Giacomo...




Ce petit avait disparu à sa sortie de l’école depuis plusieurs jours déjà suite à une incroyable succession de petits grains de sable qui avaient empêché ses parents d’aller l’y chercher.

 

Pour l’heure, c’était son ami Botta qui venait le prendre pour aller dans les bois de Poggio alle Croce à la cueillette de quelques champignons : « C’est le bon moment », avait décrété Botta.

 

De toute façon, c’est aussi un moyen de tenter d’oublier un instant, les difficultés de cette affaire dans laquelle il patauge autant qu’il est possible de le faire. Au sens figuré et au sens propre tant il pleut sur Florence et sa région en cet automne 1966 qui va se terminer par la bien réelle inondation dramatique de la ville quelques jours plus tard.

 

Seul Botta ramènera des champignons de cette escapade, Bordelli étant plus enclin à leur marcher dessus sans les voir. Mettant fin à l’incertitude de sa disparition, c’est un chasseur qui découvrira, enfin, mais par hasard, dans un bois proche de Poggio alle Croce, le corps du petit Giacomo certainement déterré par des sangliers.

 

Retrouver le corps de l’enfant ne résout nullement l’énigme de son enlèvement. Et les recherches autour de la fosse où il a été retrouvé n’amèneront aucun élément permettant de faire avancer l’enquête du Commissaire. En désespoir de cause, Bordellli s’acharne à recommencer la fouille de la zone en s’éloignant de plus en plus du lieu de la découverte. Ainsi va-t-il finir par tomber sur une facture de téléphone d’un commerçant florentin.

 

Même pas un indice car il pourrait aussi bien s’agir d’un autre chasseur. Mais, en l’absence de toute autre piste, Bordelli s’accroche à ce fil aussi ténu que celui que tisse l’araignée.

 

Florence, ville des arts...

 

Voilà un roman noir rondement mené et qui fait la part belle à toutes les digressions bien personnelles du commissaire (et donc très certainement de l’auteur), lequel évolue dans une Italie d’après-guerre où tous les épisodes douloureux de celle-ci ne sont pas encore cicatrisés.

 

Les relents du fascisme sont encore largement présents dans la société italienne et les nostalgiques sont nombreux et ne cachent pas leurs penchants, même s’ils ne les affichent pas ostensiblement non plus.

 

Les stigmates de la guerre sont aussi largement présents tant dans la tête de ceux qui l’ont vécue, avec toutes ses atrocités dont quelques sites gardent encore la mémoire, que dans celle des habitants qui en ont subi les affres.

 

Et pendant que certains luttaient contre le fascisme et pour une autre idée de la République, de la Liberté et de la Démocratie, d’autres s’accommodaient sans difficulté de ce régime qui les laissait accumuler toujours plus de richesses sur le dos de leurs semblables.

Rien de nouveau sous le soleil, mais cela donne l’occasion à Marco Vichi de libérer une tirade dont il laisse la paternité à Bordelli, mais qui laisse peu de doutes quant à ses propres sentiments à l’égard de la « haute, moyenne et petite bourgeoisie » qui n’avait d’autre ambition que de « s’enrichir tranquillement » et peu importait qu’ils soient « gouvernés par le fascisme ou la démocratie ».

 

Et puis l’orientation de l’enquête prend un autre visage quand elle approche du pouvoir, indubitablement lié à l’Église autant qu’aux organisations mafieuses dans une sorte de trilogie où il semble bien que plus grand-chose, à l’exception des intérêts exclusivement personnels, n’ait de sens. Surtout quand il s’agit de soustraire à la justice des comportements inavouables, répréhensibles et ostracisés : alors c’est la sacro-sainte union non plus contre, mais pour le crime qui prend le dessus.

 

[Extraits] Mort à Florence de Marco Vichi

 

Marco Vichi laisse éclater son pessimisme à l’égard de ses semblables quand il déclare que « le sens de l’État était totalement étranger aux Italiens, empoisonnés par le goût des privilèges et par le piston, fascinés par les riches et les puissants (…) ».

 

Sont-ils les seuls au monde ? Aujourd’hui encore ?

 

Au moins autant que l’enquête de Bordelli, c’est l’ambiance dans laquelle elle se dénoue qui fait l’intérêt de ce roman.

 

Marco Vichi, trad. Nathalie Bauer – Mort à Florence – Editions Philippe Rey – 9782848766324 – 21 €

 




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Pour approfondir

Editeur : Philippe Rey
Genre :
Total pages : 400
Traducteur : nathalie bauer
ISBN : 9782848766324

Mort à Florence

de Marco Vichi

Novembre 1966. Giacomo, treize ans, disparaît à la sortie du collège. Faute d'indice, le commissaire Bordelli s'accroche à une mince piste qui le mènera parmi des nostalgiques du fascisme et de Mussolini. Plus que jamais hanté par la guerre, il affiche une humeur aussi noire que le ciel qui surplombe alors Florence. Rien ne le soulage, ni ses amis, ni son jeune bras droit Piras, ni les plats succulents de Toto, ni même la jolie jeune femme brune dont il fait la connaissance. Quelques jours plus tard, sous l'effet des pluies torrentielles, l'Arno déborde et déverse dans les rues des flots de boue qui paralysent la ville. C'est l'occasion de découvrir un portrait sombre et inédit de la cité toscane où se démène un Bordelli désabusé, mais bien décidé à découvrir la vérité. Cet opus a remporté en 2009 le prix Scerbanenco, la plus haute récompense du polar italien.

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