Mortel Tabou : polar existentialiste à Saint-Germain-des-Prés

Xavier S. Thomann - 02.04.2014

Livre - Sartre - Saint Germain - Boris Vian


Paris, Saint-Germain-des-Prés, printemps 1947. L'existentialisme bat son plein dans la France de l'après-guerre. La jeunesse branchée et intello passe ses nuits dans la cave du Tabou, où l'on écoute Boris Vian jouer du saxo à guetter un passage du « Patron », Sartre. Cette effervescence culturelle et nocturne est quelque peu troublée quand un meurtrier s'en prend à deux clients de la boîte. Qui plus est, quelques jours auparavant, quelqu'un a tenté d'assassiner « le pape de l'existentialisme » en personne… 

 

Paul Baulay, jeune journaliste proche de Vian et de sa bande, en mal de scoops, habite justement le quartier, à la Louisiane. Il est donc aux premières loges pour écrire ses papiers et enquêter. Son grand-père, un ancien du quai des Orfèvres, le met en contact avec le commissaire Raymond Bartholet, chargé de l'enquête. Celle-ci piétine, Raymond a bien du mal à mettre la main sur le coupable. L'enquête de Paul sera plus efficace. 

 

Avec Mortel Tabou, Gilles Schlesser nous livre un polar résolument parisien. En fin connaisseur de la ville, il fait revivre avec talent le Paris de l'âge d'or du café de Flore, quand il y avait encore une bonne raison de passer ses nuits à Saint-Germain. L'enquête est parsemée de rencontres avec les grands noms de l'époque, les Queneau, Vian et Gréco. En creux, il dessine le portrait intellectuel de la fin des années 1940. 

 

« Depuis un an et demi et une conférence du philosophe au club Maintenant de la rue Jean-Goujon, tout et n'importe quoi est existentialiste dans ce quartier naguère si paisible (…) tout cela sous le haut patronage du maître et de sa grande Sartreuse. »

 

C'est d'ailleurs ce qui fait le charme du livre. Les scènes avec Sartre, dans l'appartement de sa mère rue de Bonaparte, avec Vian, lors de fêtes où l'on déguste d'improbables cocktails, sont plaisantes et bien rendues. L'enquête quant à elle n'a rien de révolutionnaire, mais l'atmosphère de Mortel Tabou en fait une fort agréable lecture au charme délicieusement désuet.