Némésis : exercice de culpabilité et de repentir

Mimiche - 10.04.2013

Livre - Phili Roth - Nemesis - responsabilités


Orphelin de sa mère morte en couches, Eugène Cantor a été élevé par les parents de celle-ci qui tenaient un petit commerce dans le quartier juif de Newak au nord de New York. Pas de père non plus, celui-ci, compte tenu des condamnations auxquelles il avait eu droit, ayant été virilement prié par le grand père d'Eugène de ne pas tenter de devenir un mauvais exemple pour son fils et n'ayant pas insisté…

 

Surnommé Bucky par son grand père, Eugène a grandi dans un milieu où la douceur de sa grande mère contrebalançait la rigueur de son grand père faisant de lui un jeune homme responsable, soucieux d'assumer cette responsabilité.

 

Sportif accompli, il est devenu enseignant d'éducation physique et, en ces années de la Seconde Guerre mondiale, il culpabilise d'avoir été réformé à cause d'une vision insuffisante, compensée par d'épaisses lunettes, et d'avoir laissé ses amis s'engager sans lui dans ce conflit qui fait rage aussi bien dans le Pacifique qu'en Europe.

 

En cet été 1944, Bucky a été engagé comme directeur d'un terrain de jeu sur lequel il officie en offrant aux enfants du quartier qui n'ont pas pu partir en vacances, des activités qu'il encadre avec sérieux. C'est au milieu de ces journées torrides qu'apparaissent les premiers cas de poliomyélite qui terrassent, au fur et à mesure de l'explosion de l'épidémie, certains des enfants fréquentant le terrain de jeu qu'il surveille.

 

Impuissant devant ces vies perdues, Bucky s'interroge sur sa capacité à lutter contre l'épidémie, mais également sur la responsabilité de Dieu qui n'a pas levé le petit doigt pour empêcher la disparition de ces jeunes pleins d'entrain et de vie, à l'avenir brisé sinon anéanti.

 

Comment me débrouiller dans la vie avec mes propres questionnements trop souvent sans réponse notamment quand ils commencent par « pourquoi ? » et que, souvent, ils se poursuivent par « qu'aurais-je pu » ou « qu'aurais-je dû faire » ?

 

Face aux atrocités dont la vie est capable vis-à-vis de l'une quelconque de ses composantes, quelle est la responsabilité que je puis assumer ? Quel est le flambeau, l'épée ; le bouclier dont je puis me munir pour mener un combat inégal face à un ennemi insaisissable ? Face à un inconnu indéchiffrable ?

 

Et Dieu dans tout cela ?! Quelles prières exauce-t-il ? Les mérite-t-il mes prières quand il est seulement capable de laisser de telles abominations survenir lâchement, indistinctement ? De laisser la vie disparaître avant qu'elle ait seulement eu le temps de s'épanouir ? Est-il Dieu Tout Puissant alors qu'il n'est pas capable de s'interposer dans cette vallée de larmes qu'il nos contraint à habiter ?

 

Toutes ces questions, et bien d'autres encore, assaillent Bucky tout au long de ce roman qui pratique l'auto mortification, l'auto accablement qui découlerait d'une éducation où le mot « responsable » serait finalement la cause de tous les traumatismes engendrés par le refus de cette impuissance à contrecarrer les agissements du destin.

 

Être un mec bien, trop rempli des valeurs les plus louables, débordant de gentillesse, de politesse et d'enthousiasme, serviable et compatissant serait le meilleur chemin pour aller à l'auto-destruction quand l'impuissance fait progressivement exploser toutes les fondations sur lesquelles étaient bâties les certitudes, la foi, les engagements ?

 

Philip ROTH ne suggère pas, pour autant, que le refus des responsabilités est la seule barrière à l'abattement quand les désillusions se font immenses, mais, avec ce roman franchement morose, il met clairement Dieu devant ses responsabilités. Et la réponse de ce dernier n'est pas de la plus extrême limpidité !!!…