Never Mind de Gwenaële Robert : Napoléon cet impudent

Nicolas Gary - 27.08.2020

Livre - Gwenaelle Robert Never Mind - Robert Laffont - Rentrée littéraire 2020


ROMAN HISTORIQUE – Premier Consul depuis le 13 décembre 1799, quelques semaines après le célèbre coup d’État du 18 brumaire de l’an VIII — 9 novembre 1799 — Napoléon aura vécu une année 1800 mouvementée. Pas moins de quatre tentatives d’assassinats : celle du 24 décembre, rue Saint-Nicaise, reste le plus célèbre. Probablement parce que dans l’imaginaire, le massacre d’innocents par dommage collatéral fut important. Possible…


Tout attentat implique des conspirateurs : l’histoire aura retenu que les royalistes, échaudés par la perte de leurs privilèges et de l’Ancien Régime, guidèrent celui-ci. Avec la Machine Infernale, allusion à un engin explosif gentiment bricolé par un Italien, en 1585 durant le siège d’Anvers

Mais ici, des chouans bretons remplacent les Espagnols, et les conspirateurs essuient un échec cinglant : Napoléon sort grandi de cette épreuve, et en bon futur despote borné, décide que les jacobins en sont les instigateurs. Son ministre de la Police, Joseph Fouché, mettra beaucoup d’ardeur à lutter contre les fausses intuitions du Citoyen Premier Consul. Mais finira par démontrer que les chouans ont monté cet attentat — avoir contredit Bonaparte lui coûtera son poste quelque temps plus tard.
 
Ah, la petite histoire dissimulée dans la grande : quel vivier à récits et questionnements ! Histoire : ce seul mot d’origine grecque signifie enquête, et Gwenaële Robert pour ce troisième roman mène avec élégance et virtuosité la traque. Polar, certainement pas. Drame psychologique, un peu — on sait quels furent les remords de Joseph Picot de Limoëlan, mandaté pour assassiner Napoléon. C’est d’ailleurs lui qui servira de fil conducteur principal – quand on ne s’intéresse pas aux états d’âme de Joséphine, « la vieille » ou de Bonaparte, va-t-en-guerre déjà auréolé de victoires militaires et imbu de gloire, cette délicate maîtresse.

Alors, qu’est-ce ? Quand on connaît déjà les tenants et aboutissants, on attend une langue qui virevolte, qui danse : ici, c’est une tarentelle, fabuleusement rythmée — la pizzica. Parce qu’entre Fouché le besogneux, Bonaparte le conquérant et Limoëlan le torturé se joue un trio amoureux : l’un cherche les coupables avec ardeur, l’autre veut conquérir avec passion, le dernier trouver la grâce, par désespoir. Un étrange triolisme tout à la fois militaire et policier — guerrier, dans tous les cas.

Gwenaële Robert ponctue ses chapitres de rebondissements spirituels, qui ne tiennent pas de la tenue en haleine de son lecteur, mais de son ravissement. Humour, sarcasme, pirouette, clin d’œil… l’Histoire, comme pour le Titanic, se déroule implacable : autant sourire, puiser dans les circonstances et les personnalités de quoi amener le lecteur plus loin, encore plus loin. 

L’écriture se déroule avec perfidie : quand bien même l’histoire de Napoléon n’intéresserait que de loin, la narration devient fascinante, on se trouve embarqué, toujours plus loin, finissant par oublier le sujet, devenu prétexte à une langue splendide, ronde, délicate, qui (se) joue de tout. Et retombe sur ses pieds, quand bien même ce serait après une tentative de suicide dans la Seine, pour renouer avec le sillage des faits historiques. 

Splendide. Never mind — Ça ne fait rien — c’est le pied de nez auquel aurait déjà répondu Nevermore — Plus jamais —, le poème de Verlaine : « Souvenir, souvenir, que me veux-tu ? ». S’y ajoute cette géographie mouvante : l’exil était en ce temps aisément pratiqué, conduisant les uns et les autres de l’apogée à la disgrâce. Ou inversement.

Va, et n’en reviens jamais !


Gwenaële Robert – Never Mind – Robert Laffont – 9782221242209 – 20 €


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Pour approfondir

Editeur : Robert Laffont
Genre : littérature
Total pages : 346
Traducteur :
ISBN : 9782221242209

Never Mind

de Gwenaële ROBERT

La mèche n'en finissait plus de raccourcir et les badauds d'acclamer Bonaparte. Deux, un... Il aurait fallu prononcer une prière, mais des prières, Joseph n'en connaissait plus, mea culpa, mea maxima culpa , c'est tout ce qu'il lui venait quand il aurait fallu implorer le Ciel, demander un orage, réclamer un miracle... C'est le soir de Noël, il flotte dans Paris une atmosphère joyeuse. Personne ne se doute que dans la rue Saint-Nicaise, une charrette et un cheval tenu par une petite fille vont exploser, atteignant tous les passants alentour. Sauf Napoléon, le seul visé.Le futur empereur veut punir ses opposants et Fouché en déporte plus de cent. Mais les véritables coupables demeurent introuvables. Parmi eux, Joseph de Limoëlan subit les pires remords. Fouché n'aura de cesse de le traquer.Avec un brio remarquable, Gwenaële Robert saisit ce moment exceptionnel où un nouveau régime s'installe alors que le sang de la Révolution n'est pas encore sec. Au coeur de ces remous, elle se plaît à imaginer le quotidien d'anonymes qui ne mesurent pas toujours l'ampleur des événements politiques dont ils risquent d'être victimes.De la chambre de Joséphine aux fossés de Vincennes, de la Bretagne aux Seychelles, des souterrains de Paris aux rivages de l'Amérique, Never Mind est un roman au souffle puissant qui fouille l'Histoire et le coeur surprenant des hommes.

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