New Wave, Ariel Kenig & Gaël Morel

Clément Solym - 02.10.2008

Livre - New - Wave - Kenig


Les années passées au collège ne manquent pas de marquer une vie. Tout adulte s'y réfère en permanence, comme d'une époque maudite ou bénie, soit chagrine soit merveilleuse. Mais ces années premières d'une scolarité que l'on nous dit plus matures, où tout à la fois l'esprit s'éveille au corps et à ses changements, mais surtout aux sentiments qui achèveront de cerner notre caractère : amour, frustration, amitié, joies...

Pardon pour ces banalités liminaires, mais on ne comprendrait pas l'histoire d'Éric et Romain sans les avoir rappelées. Le premier est en conflit avec des parents exigeants, vivant dans le cadre rural de la ferme parentale : ici, on dépense avant tout pour les animaux. Un mode de vie qui participe à la honte que l'on doit dissimuler aux yeux des autres collégiens. Et qui plonge dans une solitude accentuée par l'absence d'un frère référent.

L'autre a choisi de vivre en musique, d'explorer ce que les années 70 laissèrent de mieux aux années 80, et les groupes qui en découlèrent. Sur son clavier, il découvre, compose et se projette un avenir musical. C'est ainsi qu'ils feront connaissance, en ce jour de rentrée où Romain s'assoit à côté d'Éric, et qu'il lui demande : « The Smiths, tu connais ? » Et son camarade de répondre, comme une dérobade : « Tu sais, moi, faut qu'on m'apprenne. » Alors commencera un éveil du nouveau maître à l'élève, parcourant les plages de disques ou de cassettes. Toute une initiation.

Et grandit une amitié complexe, façonnée en partie par la rivalité qu'instaure la mère d'Éric, devant les résultats de Romain et l'incompréhension dont elle fait preuve ; la sensibilité du jeune homme qui se heurte à une famille si différente, si moderne, bien plus que la sienne. On n'est pas sérieux quand on a 17 ans... mais quand on passe le brevet, tout devient sérieux. La scolarité pour ses parents ; la découverte de soi pour le collégien. Et d'une amitié aussi forte que fragile...

Les années collège, c'est avant tout l'expérience des premiers pas dans la séparation. La découverte de ce que des liens tissés entre deux êtres peuvent avoir d'éprouvant. La perte, celle de l'enfance ancienne. Les premiers pas dans une vie que l'on assume, que l'on endure.

Adapté du scénario que Gaël Morel a réalisé pour Arte et qui a été diffusé le 19 septembre dernier, le livre écrit par Ariel Kenig dresse un tableau de ces jeunes années d'adolescence ; les conflits, explicites ou latents, les angoisses, toujours permanentes, les peurs... Un livre bien écrit, comme aurait aimé le dire Oscar Wilde, dans lequel on se ressource. On y pioche de ses propres souvenirs, on contemple un passé qui nous ressemble : quelques détails, des attitudes.

Mais c'est dans la perte, la confrontation avec une solitude profonde et meurtrière que le lecteur est emporté. Un seul être vous manque et New Wave l'a une fois de plus illustré. Un écho de ces années 80 ? Pas seulement. Un je-ne-sais-quoi d'intemporel flotte, bien que l'absence de toute technologie moderne nous frappe : ancré dans une époque, certes, mais avec cette note adolescente qui renvoie ceux qui les vécurent à leur propre expérience...

Pas toujours convaincant dans ses situations, loin d'être à côté de la plaque, on parlera peut-être de témoignage historique. Celui de la petite histoire, qui se soucie peu de la grande, tant la sienne est bien plus forte et complexe. Tant la sienne a plus d'importance. Cette histoire que l'on oublie de vivre pleinement, et que l'on ne peut plus que regarder avec nostalgie ou écoeurement, dès lors qu'elle est passée.

Vivre, la belle affaire. Mais vivre heureux...

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