Nicolas Sarkozy, lecteur, aimait les titres de François Sagan

Clément Solym - 09.11.2012

Livre - Nicolas Sarkozy - Françoise Sagan - élection présidentielle


C'est dans l'entre-deux tours d'une présidentielle enflammée, façon pétard mouillé, que s'inscrit le livre des journalistes Éric Mandonnet et Ludovic Vigogne, rédacteur en chef adjoint de l'Express et chef du service politique de Paris Match. Avec un petit Nicolas Sarkozy, les yeux tournés vers le ciel, les mains jointes en prieur, la couverture a tout de la petite confession intime. Mais rien à faire l'ancien président de la République ne répond plus aux demandes d'interviews, il se contente de faire des conférences devant des banquiers brésiliens.

 

Mais revenons à ces 14 jours de l'entre-temps tour, où tour à tour les politiques proches du candidat défait déploient toute l'artillerie rhétorique dans les coulisses, que se dessine la stratégie politique, dans la course aux voix. Il reflète également les conflits et divisions au sein de l'UMP. Et durant cette période, le parti en connut. On y découvre les efforts désespérés parfois de Patrick Buisson et Pierre Giacometti, dans l'élaboration de la communication présidentielle. Tout l'enjeu était celui de la réélection, et alors que l'Histoire est déjà écrite, voilà que l'on dévoile les tensions de l'échiquier politique.

 

C'est qu'entre le 22 avril et le 6 mai, les dernières lignes droites se tracent, pour ne plus laisser que deux axes : François Hollande contre Nicolas Sarkozy. Et si ce truc emmerde, c'est que le Grand Marionnettiste et ses comédiens, de plus ou moins premier plan, sont passés au crible. On découvre ceux dont les dents raclent le plancher (NKM), les fidèles, (Hortefeux, Guaino) et surtout la débandade des petits qui cherchent à sauver leur peau. En cas de défaite, mieux vaut prévoir les parachutes, c'est un peu plus prudent.

 

14 journées de misère politique politicienne, comme l'on clame si bien, pour évoquer le brassage d'air et les promesses creuses. Et autant de concertations obscures qui rendent le livre imbattable, voire déplorable à lire. Le travail d'archives et de compilation est loin d'être mauvais, bien au contraire. Ce qui le rend piteux, c'est de découvrir les envers de notre classe politique, dont les comportements ont tout de la cour de récréation. Chacun tente de protéger son pré carré de sable.

 

Pathétique UMP, pathétique classe politique, et d'autant plus que cela reflète plus encore l'ensemble des partis, parce qu'il n'y a aucune différence que les choses soient ailleurs différentes. Entre Sarko et Hollande, la guerre était déclarée, et Nicolas avait bien l'intention « de le défoncer » - dans une approche bien guerrière, bien minable, sans envergure autre que la gloriole, égoïste et vaniteuse.

 

À l'image de la politique française, gérée par de grands diplômés sortant d'école où les promotions ont des noms d'écrivains de jadis…

 

Côté journalistique, le livre reste maigre et mince : si l'on raconte bien, on analyse peu, on commente rarement et jamais, ô grand jamais, les 14 jours ne sont autre chose que la quête d'une rédemption, pour le rachat des voix perdues. Le livre ne manque pas d'intérêt, pour les amateurs de la petite histoire, et plus largement, ce regard porté sur le président, dans ses faiblesses et doutes, a quelque chose qui le rendrait presque humain. 

 

On n'a pas dit sympathique non plus...

 

Notons cependant, p. 70, cette séquence presque jubilatoire, sur les lectures présidentielles. Sachant combien Barack Obama est adepte de la lecture, et combien Nicolas Sarkozy a mis des mois et plus encore avant d'(e r)ouvrir un livre, la bibliographie vaut son pesant de cacahuètes. 

Durant son quinquennat, un collaborateur l'a surpris lisant l'Introduction à la psychanalyse de Freud. Un jour, il m'a dit qu'il était allé voir un psy, une femme", rapporte Jean-Louis Borloo. Dans l'Airbus présidentiel, il a écouté Clara et Bernard Kouchner débattre longuement du roman Et Nietzsche a pleuré, d'Irvin Yalom qui imagine la rencontre du philosophe avec Freud (encore lui). La peur de se perdre ? Et s'il tentait de se convaincre que ce ne serait qu'un "chagrin de passage" ? Avant Kundera, le président a beaucoup lu Sagan. Il a toujours aimé les titres qu'elle choisissait."

 

Bonjour tristesse, par exemple ?