Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

Nos silences, Wahiba Khiari

Clément Solym - 01.09.2011

Livre - lumiere - prodigieuse - fernando


Enseignante en anglais, une langue de renégats, dans un collège mixte, refusant la port du voile et distillant avec conviction et persévérance un message de tolérance à mille lieux des discours et des acte de haine et d’exclusion qui fleurissent dans cette Algérie de la fin du XXème siècle, la narratrice a bien pris conscience du fait que sa vie est en sursis, que ceux qui se sont « donné le droit de tuer » ne peuvent qu’être en train de préparer l’occasion.

La disparition subite et sans explication de la meilleure élève de sa classe, quand elle aura épuisé tous les questionnements et se sera heurtée aux portes qui se ferment à son approche, aura finalement raison de sa résistance : elle choisit l’exil.

A contre cœur, en désespoir de cause, rongée par la douleur des séparations et de la mauvaise conscience mais abattue par toute son impuissance, elle fuit vers d’autres cieux plus cléments.

L’esprit seul est resté, peut être, au contact de celle qui, dans sa classe, un temps, fut un oasis de verdure au milieu d’un océan de médiocrité lequel eût tôt fait de revenir en force après son départ. L’esprit : un fil ténu par lequel il lui semble entendre encore les échos de sa voix.
Wahiba KHIARI reçu le Prix Senghor en 2010 pour ce magnifique petit roman : quels qu’en soient les attendus, cette distinction est amplement méritée.

Avec une plume d’une fraîcheur et d’une délicatesse tout à fait remarquables, loin des « mots méchants », des « mots qui enlaidissent, qui noircissent », elle dit toute sa « haine aiguë et profonde à ceux qui ont trahi la Parole, tracé le chemin, posé les jalons et suggéré le crime ».
Dans cette Algérie en proie à tous les excès injustifiables, elle accompagne des femmes rabaissées de manière impardonnable par ceux qui, inhumains, ont « accompli le crime ».

Entre la culpabilité de l’exil et l’abomination de l’asservissement, elle nous fait entrer de plein fouet dans la réalité de la souffrance de ces femmes auxquelles il est contesté le droit d’exister, auxquelles il est refusé le statut d’être humain !

Passant alternativement de l’enseignante à ce que celle-ci imagine qu’il est advenu de son élève, les chapitres résonnent du bruit assourdissant des silences qu’ils racontent : le silence de l’exil, de l’isolement, de la solitude, de l’arrachement à la vie, de la confiscation de l’être.

C’est poignant, violent, terrible. Les mots sont forts, précis, sans concessions. L’histoire est dramatique comme ces destins brisés.

Il faut le lire et le méditer encore et encore.
Il faut écouter et entendre le brouhaha tonitruant de ces Silences.

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