Notre Dame du Nil, de Scholastique Mukasonga

Clément Solym - 10.07.2012

Livre - Notre Dame du Nil - Scholastique Mukasonga - Roman


L'auteur est Rwandaise, de minorité Tutsi et lors du génocide qui fit plus de 800 000 victimes, elle a perdu toute sa famille. Installée désormais en Normandie, chacun de ses livres témoigne de son pays (« Rwanda, pays de la Mort ») du drame et de l'horreur, de ses racines profondes, de la haine ethnique.


Cette fois-ci, c'est sous forme de fiction qu'elle se fait l'écho des événements historiques effroyables.

Notre Dame du Nil est un pensionnat de jeunes filles vierges rwandaises, promises à l'élite du pays. Perché sur une haute colline, perdu dans la nature et la brume opaque, parfois inaccessible après les fortes pluies, il est tenu par des religieuses catholiques blanches qui s'évertuent, avec rigidité et ennui, à former ces jeunes filles à devenir de « bonnes épouses, bonnes mères, bonnes citoyennes et bonnes chrétiennes ».


On y côtoie des filles de ministres, de militaires, d'hommes d'affaires, principalement de race Hutu, le « peuple majoritaire ».  Néanmoins, un quota impose une minorité de Tutsis, (« les inyenzi, les cafards, les parasites »), représentée dans le roman par Véronica et Virginia (le double de l'auteur). 


Dans cet espace clos, une vie classique de pensionnat de jeunes filles semble vouloir se dessiner. On y découvre des personnalités diverses, d'un côté les filles sympathiques,  d'un autre, celles plus innocentes et enfin un groupe de filles plus mauvaises et perverses, emmené par Gloriosa, toutes entourées par des religieuses et des enseignants ridicules, un prêtre vicieux, le père Herménégilde, presque caricatural.





Ce livre semble vouloir raconter le quotidien de ce pensionnat, les intrigues entre les pensionnaires (jalousies, humiliations, moqueries…), sans excès et pourtant, au fil des pages, une tension sourde monte peu à peu, semble être annonciatrice d'un drame encore larvé mais profond et monstrueux.


L'incitation à la haine ethnique, les humiliations répétées envers une minorité, d'abord sournoises, s'affirment progressivement jusqu'à s'afficher ouvertement, dans la démesure la plus abjecte, sous le regard silencieux des Blancs. La tragédie latente, oppresse le lecteur, devient inévitable comme si, finalement, les prémices du génocide rwandais, avaient déjà pris racine, plus de 30 ans auparavant.


Mais pourtant, ce livre, dans son ensemble, ne semble pas vouloir porter en lui uniquement le poids de la tragédie.  Même si l'horreur est palpable et croissante, le style limpide, le mélange des cultures, des croyances religieuses, les anecdotes au sein de l'école, les personnages parfois drôles, émouvants ou pathétiques, voire exaltés constituent un récit agréable à lire, rarement menaçant ou insoutenable.


L'innocence des jeunes filles, leurs aventures délicates, insolites parfois (Isis, les gorilles, la fille du roi Baudoin…), douces aussi, ne se révéleront cruelles et de plus en plus effroyables qu'au terme du roman. Avant d'être le témoignage d'une tragédie annoncée, il est l'histoire de jeunes filles ardentes, de personnalités déjà affirmées, façonnées par l'impérialisme blanc, élevées dans la conviction qu'il est des races supérieures, malgré elles.