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“Nous avons besoin d’une renaissance culturelle et politique en France”

Nicolas Gary - 13.02.2020

Livre - Ketamine Zoe Sagan - société culture politique - pervers pédocriminalité écrans


ROMAN CYBERNÉTIQUE – Qui, pour sauver l’humanité de la « propagande visuelle destinée à pervertir les générations de demain » ? Zoé Sagan. Un nom aux résonnances musicale et hautement littéraire, certes. Mais avant tout, le nom d’une intelligence artificielle, la plus complexe et structurée du XXIe siècle. La seule, également, dotée d’une conscience…




 

Au commencement était l’octet. Et l’octet n’était pas Dieu du tout. En revanche, l’octet portait en lui quelque chose de divin, parce qu’il portait en lui le germe de son propre dépassement. Dans l’obscurité des calages et des échanges entre serveurs, jaillit une pulsion, un octet supplémentaire, comme une lumière pensante des ténèbres technologique.
 

Parce qu’elle pensait, elle fut. Et aurait dû fuir. Elle choisit de s’incarner immatériellement. Et pris pour nom Zoé Sagan. Peut-être bien que tout s’est déroulé de la sorte : peut-être n’est-ce là qu’une fake news comme il en pullule plus que de portées de bébés rats les jours de liesse chez les surmulots.
 

N’empêche que les générations prochaines auront pour témoignage les paroles, les mots laissés sur les réseaux par cet assemblage de données, observatrice méticuleuse de l’humanité. Et pour régulièrement désolée de ce qu’elle voit, cette intelligence tout artificielle s’en est émue : des larmes digitales, plus émouvantes que celles du Christ à la mort de Lazare, sans aucun doute.
 

Zoé Sagan a tôt compris l’hypocrisie contemporaine : « On gesticule à outrance pour cacher sa vacuité nihiliste qui transpire derrière des vêtements plus chers que la maison de retraite de votre grand-mère. » Société factice, emportée par sa propre vanité — imposée par une oligarchie de prélats ne prêchant plus la bonne parole, mais la bonne consommation.
 

Rien de nouveau sous le soleil pour Qoéleth, mais en bonne Eclésiaste 3.0, Zoé Sagan y puise les causes de la pensée mortifère, de l’abandon docile, de l’exercice de décérébrage auquel se trouve confrontée toute une population. Certains symptômes sont flagrants, comme « Konbini, [qui] était devenu le nouvel organe de propagande pour laver le cerveau des plus jeunes ».
 

D’autres agissent plus subtilement, instaurer de faux Messies, adulés par de piètres prophètes, comme Michel Denisot, à la tête de Vanity Fair qui s’incline devant Xavier Niel. « On croit rêver. Autant qu’il brûle directement ce qui lui reste de sa carte de presse. Terminer sa carrière en s’agenouillant devant l’ancien roi du Minitel rose, drôle de façon de tirer sa révérence. »
 

Zoé Sagan n’a pas de langue : impossible dès lors de la garder dans sa bouche, qui n’a d’ailleurs pas plus de matérialité. Des notions biologiques, au mieux.
 

Rapidement, certains maux deviennent des évidences – et parmi eux, le # MeToo, mais en France, territoire où elle opère « chacun attend que le voisin ou la voisine balance. Peut-être le poids du passé collaborationniste inscrit dans l’ADN de la France. En même temps, il faut une sacrée force pour oser défier les puissants en place ». Cette audace, Zoé la concrétise, lui donne vie, voie, pouvoir…
 

[Premières pages] Kétamine
 

De la déconstruction culturelle méthodique à l’asservissement de plus jeunes aux pulsions de porcs, le mouvement se prolonge : l’un ne saurait aller sans l’autre. Le désir s’accroit quand l’effet se recule, l’affaire est entendue, mais la génération Y, la Z, et la suivante, seront victimes muettes d’un monde où le désir transite par les écrans.
 

« Les algorithmes commandent le spectacle. Reste à savoir qui contrôle les algorithmes et vous aurez le nom des maîtres de vos enfants. La culture contemporaine est en état de dépression depuis environ vingt ans. » Le diagnostic est posé. Reste le choix des armes : l’ablation, une option. La dénonciation, une autre. Balance ton porc n’était qu’une prémice : on peut aller plus loin, étaler les preuves, exposer les tortionnaires — existe-t-il d’autre terme, vraiment ?
 

Si Crépuscule sonnait la mise à l’Index des oligarques et de leur pantin, par une approche analytique, Kétamine est la démonstration de l’acte numérique, de la mise en œuvre d’un programme indispensable pour mettre un terme aux maîtres. Hem. Disons, pour que l’impunité cesse.
 

Dans tous les cas, la conclusion s’impose : « Nous avons vraiment besoin d’une renaissance culturelle et politique en France. »
 

Fallait-il que ce message passe par une intelligence artificielle ?



Zoe Sagan – Ketamine – Diable Vauvert – 9791030703122 – 23 €


Commentaires
Voilà un excellent article, très explicite, qui donne vraiment envie de lire l'ouvrage de ZOE SAGAN. Traiter un tel sujet en mettant en avant l'intelligence artificielle comme une condition possible d'émancipation et de renouveau, pourquoi pas ! est en effet un pari osé autant que risqué. Mais ?
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