Nous étions faits pour être heureux : la promenade romantique à Paris de Véronique Olmi

Cécile Pellerin - 22.06.2013

Livre - Paris - adultère - mélodrame


Ce roman a ceci d'étonnant qu'il raconte une rencontre amoureuse assez improbable, une histoire d'adultère somme toute banale, très ordinaire, un brin mélo et assez sentimentale, une histoire qui pourrait parfaitement convenir au genre « roman de gare » mais qui échappe pourtant aux âcres parfums d'eau de rose et de platitude navrante. Comment ? Certainement grâce à une écriture fine et sensible, mélancolique et envoûtante, où chaque image fugitive, chaque chapitre court apportent une fluidité à l'ensemble et permettent une lecture agréable et plutôt enthousiaste au final. 

 

 «  C'est étrange comme il suffit d'un rien pour qu'une vie se désaccorde, elle aussi, que notre existence, tellement unique, si précieuse, perde son harmonie et sa valeur. Comme si elle était faite d'air, et rien que de cela. »

 

Suzanne, la quarantaine passée,  accorde des pianos. Elle est mariée à Antoine. Un couple ordinaire.  Serge est agent immobilier, 60 ans, belle situation. Il est marié à une jeune et séduisante femme de 30 ans sa cadette, Lucie, et père de deux petits enfants, dont l'un apprend le piano. Une famille lisse et heureuse en apparence. La rencontre improbable a lieu, presque sans mots d'abord, passionnée et forte, tel un amour impossible dont chacun connaît déjà l'issue. Serge ne s'explique pas immédiatement ce coup de foudre. « Elle est petite et sans poitrine. Elle a plus de quarante ans, l'ovale de son visage est relâché, son profil n'a plus de pureté, bientôt elle devra cacher ses bras, et l'espace entre ses seins, ses mains auront des taches et on verra les veines courir le long de ses jambes […] Mais elle vit sans avoir peur. » L'attirance pour Suzanne lui semble un bienfait. Et au fil des rencontres, il se livre  peu à peu, comme s'il l'avait attendue pour se délivrer de ses souffrances intenses. A ses côtés, il revisite son enfance douloureuse, révèle de lourd secrets dont Lucie n'a jamais eu connaissance et progressivement se libère d'une culpabilité trop longtemps refoulée et apaise ses tourments.

 

Suzanne, avec moins d'envergure et moins brutalement, reconsidère également son existence et chemine doucement vers autre chose. « Je ne lui ai pas dit que j'avais quitté Antoine, que je vivais seule maintenant, rue de Douai. Je ne lui ai pas dit que ma vie avait été sauvée, et perdue, grâce à lui. Que je ne pouvais plus respirer le même air qu'autrefois, me contenter d'une vie simplement correcte, acceptable et concrète jusqu'à l'étouffement. D'accordeuse de piano, elle va de nouveau jouer : « certains prennent la mer. J'ai pris la musique. »

 

Lucie, au milieu de ce chaos, loin d'être la victime du trio classique d'un piètre vaudeville, touche par sa tendresse et son attention,  bien éloignée de l'image de la femme trompée, dévastée et meurtrie. « Elle se sait plus que jamais faite pour une vie engagée et dans laquelle elle aurait de la considération pour elle-même […] Elle ne se dit plus qu'elle a raté sa vie. »

 

Un vrai mélo raconté à travers de belles balades dans Paris, charmant et touchant, jamais mièvre même si le secret révélé par Serge et surtout la visite au père monstrueux dramatisent tout de même un peu lourdement le ton du récit, ceci sans véritable nécessité.

 

Véronique Olmi s'est peut être un peu égarée dans une histoire pas toujours très convaincante mais elle l'a fait avec grâce et sensibilité. Aussi le lecteur lui pardonne-t-il volontiers.