Nous qui n'étions rien, laissons les traces de nos luttes

Auteur invité - 18.02.2019

Livre - Nous qui n'etions rien - Madeleine Thien Phebus - Chine Révolution


ROMAN ETRANGER - Il est des romans-monde où l’on se laisse d’emblée aspirer pour rêver, pleurer, aimer, trembler, penser aussi, page à page. Des Cent Fleurs à Tien’anmen en passant par le Grand bond en avant et la Révolution culturelle, Nous qui n’étions rien, le cinquième livre de la Canadienne Madeleine Thien, finaliste du Man Booker Prize 2016, traduit en français deux ans après sa parution, nous emporte dans le souffle de l’histoire, celle de la Chine depuis les années 1930.


Pourtant, ce roman magnifique ne raconte aucunement l’Histoire. Il nous conte plutôt les pérégrinations de ses fantômes, des fantômes truculents aux surnoms évocateurs : Grande Mère Couteau, Wen le Rêveur, Dame Dostoïevski,  le Vieux Chat - une libraire devenue centenaire - ou Pinson, le compositeur qui se transformera en Oiseau du silence. La narratrice elle-même s’appelle selon ses interlocuteurs Marie, Ma-li, Fille ou Ling-li : « avec tous ces noms je me sentais comme un arbre avec plusieurs couronnes de branches ».

Tous sèment, jusque sur internet pour les derniers-nés, une infinité de copies d’un livre très ancien, le Livre des Traces, comme autant de cailloux de Petit Poucet. Un livre qui transmet poèmes et souvenirs mais aussi des messages d’amour ou des messages codés pour les survivants de la famine ou des camps maoïstes.

Et surtout un message d’espérance pour nous tous, êtres humains: « tout ne passera pas ».

L’ouvrage est rempli d’humour, avec même des blagues bouddhistes, autant que de larmes et d’effroi lors des « séances de lutte » glaçantes des gardes rouges durant lesquelles des professeurs chenus sont battus en public et des centaines de pianos réduits en miettes au Conservatoire de Shanghai.

C’est également une puissante interrogation sur le temps - en chinois, il est vertical et pour regarder l’avenir, il faut se retourner - et l’espace, avec l’ensemencement croisé des cultures chinoise et occidentales - Mahler s’est inspiré des poèmes de Li Bai et Wang Wei pour Le Chant de la Terre.
 
Scandé par les Variations Goldberg de Bach jouées par Glenn Gould, qui hantent tout le roman, le récit halluciné de la révolte étudiante de Tian’anmen et de sa répression dans le sang prend des accents hugoliens. Le Livre des Traces devient alors celui des morgues et des hôpitaux. Un jeune photographe martyrisé incarne le Gavroche de Pékin.

Le titre de ce roman envoûtant est tiré d’un vers de L’Internationale (« Nous qui n'étions rien, soyons tout »). Mais il est aussi empreint de profonde spiritualité car, selon Madeleine Thien, « la seule existence qui compte est celle de ton esprit. La seule vérité est celle qui existe dans l'invisible, celle qui attend même après que tu as refermé le livre ». 
Laure Amblesec

Madeleine Thien - trad. anglais (Canada) Catherine Leroux - Nous qui n’étions rien - Phébus - 9782752911513 - 24 €

Dossier Rentrée d'hiver 2019 : une nouvelle année littéraire lancée 
 


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Pour approfondir

Editeur : Phebus
Genre :
Total pages : 576
Traducteur :
ISBN : 9782752911513

Nous qui n'étions rien

de Madeleine Thien(Auteur)

A Vancouver, en 1991, une fillette de 10 ans, Marie, et sa mère accueillent chez elles Ai-Ming, une jeune femme fuyant la Chine après la répression des manifestations de la place Tian'anmen. En discutant avec elle, Marie se rend compte des liens qui unissent sa famille, qui a émigré de Chine au Canada à la fin des années soixante-dix, à la sienne. Elle découvre surtout un père qu'elle n'a presque pas connu, sa jeunesse au moment de la Révolution Culturelle, son amour de la musique, sa soif de liberté...

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