Nuit de septembre, Angélique Villeneuve

Anahita Ettehadi - 18.03.2016

Livre - Nuit de septembre - Angélique Villeneuve


Angélique Villeneuve (Les Fleurs d’hiver, prix Millepages 2014, prix Passerelle 2015) offre avec Nuit de septembre (Grasset, mars 2016) un témoignage brûlant et poétique sur le suicide de son fils, Octave, décédé à l’âge de 21 ans. 

 

 

 

Nuit de septembre, c’est l’histoire d’une nuit sans étoile. Une nuit glacée. L’histoire d’un jeune homme qui a fait l’ultime choix. L’histoire d’une famille en deuil. Mais c’est avant tout l’histoire d’une mère anéantie, qui essaie d’ordonner ses souvenirs, d’apprivoiser ses sentiments  ; une femme qui continue de vivre malgré la perte brutale qu’elle a subie. 

 

À travers toute une série de tableaux sensibles et bouleversants sur les petites choses qui constituaient son fils – comme sa sauce tomate préférée, ses vêtements imprégnés de parfum, ses petites copines éventuelles –, l’auteure traduit le manque, l’absence, l’incompréhension, la douleur. 

 

Dans une prose vibrante et enivrante, Angélique Villeneuve dit l’indicible. Elle met des mots sur l’inimaginable, l’insoutenable. Elle dit ce que la langue française ne peut même pas nommer, car il n’existe aucun terme pour définir une mère, un père, qui a perdu son enfant. Cela ne se dit pas. Cela n’est pas censé arriver. Pas dans cet ordre-là. Et encore moi de cette façon-là, par la pendaison... 

 

Bien que grave, le texte n’a rien de pathos ni de glauque. Nuit de septembre est au contraire un chant a cappella, pur, brut, qui enlace le cœur d’une douce mélancolie et d’une tristesse chaude et réconfortante. Nuit de septembre est une balade nocturne, telle la Sonate au clair de lune, qui laisse une empreinte indélébile après sa lecture. 

 

Les mots d’Angélique Villeneuve, justes et suaves, marquent la peau du lecteur au fer rouge tant ceux-ci peuvent résonner – et résonnent – avec la vie d’autres familles, d’autres mères orphelines de fils, de filles. Nuit de septembre tient du Spleen, beau et tragique. 

 

Ce roman bref, extrêmement intense et émouvant, est un hommage à la vie, aux enfants vivants. L’auteure parle de la mort pour mieux honorer de la vie, de ce qu’il y a d’étonnant en elle, de ce qui fait que l’humain lutte pour elle, de toutes les petites surprises qu’elle peut apporter. 

 

L’écriture d’Angélique Villeneuve, d’une merveilleuse fébrilité, dévoile finalement le portait d’une femme, d’une mère, forte et prête à tenir bon. 


Pour approfondir

Editeur : Grasset Et Fasquelle
Genre : litterature...
Total pages : 154
Traducteur :
ISBN : 9782246859857

Nuit de septembre

de Angélique Villeneuve (Auteur)

"Une nuit, ton fils s'est tué dans sa chambre, au premier étage de votre maison. Au matin à huit heures, avec son père tu l'as trouvé. Depuis, à voix basse, tu lui parles. Tu lui demandes s'il se souvient. La mer étale à huit heures du soir, les talus hérissés d'iris, les pierres de la cour tièdes sous la peau du pied, les filles dont les yeux sourient, toutes les choses belles et la lande silencieuse. Tu espères tant qu'il est parti gonflé d'elles. Mais comme tu n'es pas sûre qu'en aide, en ailes, ces choses lui soient venues cette nuit-là, tu les lui donnes par la pensée, la respiration, le murmure." Avec une sensibilité vibrante, lumineuse et poétique, Angélique Villeneuve dit l'après : comment exister sans celui dont on respecte silencieusement le choix d'être parti ? Quelle place trouver parmi les vivants et comment leur dire, à travers ce livre, toute la beauté du monde ?

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