O Solitude, Catherine Millot

Clément Solym - 09.11.2011

Livre - Roman - Gallimard - Solitude


Il y a tant de façons de vivre. Vivre à travers le texte de Catherine Millot serait presque lié au souvenir d'un été où, plutôt que d'aller voir la mer et s'y plonger, nous aurions découvert les premières pages de La Recherche, ces premières phrases qui ouvrent à l'éternité différée de vivre.

 

Le souvenir en est resté d'un recueillement fasciné devant trop de phrases menant vers un secret qu'elles nous livraient, une insistance à détourner les actes irrésolus vers le réel, comme si c'était cela, précisément, écrire. Une maîtrise abandonnée, à l'infini.Ce texte, consacré à l'amour et aux formes de relations qui échappent à la médiation sociale, met en jeu un langage au plus près, au plus profond de la sensation.

 

Par le retrait et le silence, individuée et imprévisible, l'écriture de Catherine Millot, est une errance en solitaire, entre roman et essai, et plus que tout, une fascinante méditation. L'auteur nous dit ce qu'il y a de joyeux dans la solitude. Catherine Millot trouve sa joie à se couper du monde, en recherchant l'avant, le primitif, l'avant-moi comme pour mieux renaitre, ou mieux vivre.

 

L'écriture est l'unique fenêtre ouverte sur la subjectivité de l'auteur. Le silence traverse le livre, car la solitude et le silence sont liés. Ecrire c'est renouer avec le fond, le silence originel. C'est dans la littérature que la parole touche au silence, en même temps que  s'y inscrit ce que l'oralité ne peut pas dire. Il faut lire, puis écrire. Ce sont là, du reste, des déclinaisons d'une même posture, deux manières de se déprendre de soi ; dans l'allégresse ou parfois l'angoisse, c'est selon.

 

Mais ici, il s'agit plus d'exploration que de nostalgie. Il y a eu de l'inquiétude, un sentiment d'intense et alarmante étrangeté, mais aussi et surtout de la douceur et une forme d'apaisement, un processus de dénuement dans lequel l'auteur s'est engagé.

 

Une capitulation qui est aussi un dénouement : une résolution des conflits, un relâchement des tensions, un abandon de soi. Que l'auteur orchestre en une succession d'épiphanies - instants limpides, sensuels et immobiles, extraits du cours du temps, contemplatifs comme des moments de prière.

 

Pour l'auteur, auparavant, l'amour était indissociable de la détresse Proustienne. Elle ne serait pas tombée amoureuse si elle n'avait pas ouvert la Recherche. Elle connut un véritable état de passion par rapport à cette lecture. C'est dans la lecture, que l'auteur trouve son remède.

 

Déçue de sa première expérience amoureuse, l'auteur redevient solitaire, comme elle l'était dans sa jeunesse, et libérée des pesanteurs terrestres, elle se retire peu à peu avec sa douceur en écharpe. Mélancolique, elle se fait scribe du temps pour repousser l'angoisse de sa signification. Dans cet état, ses échappées, ses survies passeront par la musique, la lecture et le cinéma.

 

Du musicien baroque Purcell (dont une mélodie célèbre sert de titre à l'ouvrage) au peintre romantique Caspar Friedrich, de Goethe à Poe, de Rilke à Barthes, tous invitent à aborder ce continent fondateur et magique : la solitude. L'amour du cinéma, notamment, redonnera des couleurs à sa vie, restaurera quelquechose à son narcissisme. C'est par l'art qu'elle se retrouvera. 

 


C'est ainsi que Catherine Millot signe un livre profondément méditatif et recueilli, irrigué de mystère. Un récit d'une sobre beauté, d'une profondeur entêtante! Chaque phrase, chaque ligne sonde l'énigme que constitue le fait d'être au monde : naître du néant pour finalement y retourner, entre-temps choisir de vivre, de voyager ou de rester au fond de son lit, d'aimer, ou s'extraire du cycle, et s'absenter. Mais quelle que soit la ronde, on ne choisit pas d'aimer, comme on ne choisit pas d'être seul. La solitude est à accepter aussi bien que l'amour. 


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