Oeuvres complètes, tomes III et IV : "Sublime, forcément sublime"

Cécile Pellerin - 21.07.2014

Livre - Duras, Marguerite - littérature française - Littérature du XXème sièc


Marguerite Duras aurait eu 100 ans. L'occasion pour les Editions Gallimard de publications nombreuses et parfois inédites. Un anniversaire que le lecteur peut honorer à son tour,  pourquoi pas le temps d'un été, en découvrant ou revisitant cert  aines œuvres de l'auteur.

 

Duras, une écriture singulière d'abord, un usage de formes littéraires multiples : roman, théâtre, cinéma mais également articles, entretiens et une femme engagée, résistante et féministe, personnalité publique, lauréate du prix Goncourt, soutien de François Mitterrand… Autant de facettes qui font d'elle une figure incontournable de la littérature française du XXème siècle.

 

Son entrée dans la Bibliothèque de la Pléiade en 2011 et cette année, avec la publication des œuvres complètes, tomes III et IV, confirme la place incontestable qu'elle occupe dans les Lettres françaises.

 

Deux volumes qui rassemblent les livres publiés après 60 ans, parmi lesquels Savannah Bay, la Maladie de la Mort ou encore l'Amant, véritable succès populaire en 1984. Figurent également des scénarios (Le Navire night, Aurélia Steiner…) des adaptations théâtrales d'Un barrage contre le Pacifique, des lettres et entretiens. Dans le tome IV, Marguerite Duras, revient sur ses propres pas, propose une nouvelle version de l'Amant (L'Amant de la Chine du Nord), réécrit la Maladie de la Mort (Les yeux bleus cheveux noirs), reprend un manuscrit des années 40, Théodora, resté inachevé…

 

 

 

Avec l'acquisition de trois volumes de la Pléiade, un somptueux album Marguerite Duras est offert. Commenté par Christiane Blot-Labarrère, agrémenté d'une iconographie généreuse (photographies de famille, traces épistolaires, manuscrits…), souvent sensible et qui enveloppe toute l'existence de l'auteur, de sa naissance à Saigon jusqu'à l'image de sa tombe au cimetière du Montparnasse à Paris, il ne témoigne pas seulement d'une simple biographie mais évoque toute la singularité et la profusion d'une œuvre, marquée incontestablement par une enfance particulière en Asie. « Il reste toujours quelque chose de l'enfance, toujours… »

 

 

Le livre dit, Entretiens de Duras filme (Gallimard, 240 pages, 18,50 euros, format numérique, 12,99 euros)

 

En parallèle à ces parutions, Le livre dit rassemble l'intégralité des entretiens Duras filme, documentaire tourné en 1981 par le fils de l'écrivain, Jean Mascolo. Quatre jours de tournage sur le tournage d'Agatha. Préfacé par Joëlle Pagès-Pindon, agrégée de Lettres classiques et vice-présidente de l'Association Marguerite Duras, il met en lumière ces entretiens, le langage cinématographique de l'auteur (éloigné des codes du cinéma commercial) et son bonheur de créer, amplifié par la présence de Yann Andréa sur le tournage.

 

 

Outisde suivi de Le monde extérieur (Folio, 626 pages, 8,40 euros)

 

Enfin, et parce que le journalisme occupe une part importante dans l'œuvre de Marguerite Duras, un ouvrage qui réunit des articles de presse publiés entre 1957 et 1993, rassemblés par Yann Andréa (Outside) et Joëlle Pagès-Pindon (Le monde extérieur). Une écriture d'urgence d'abord « Ecrire pour les journaux, c'est écrire tout de suite […] L'écriture doit se ressentir de cette impatience, de cette obligation d'aller vite et en être un peu négligée », qui remet en cause une certaine forme d'objectivité. Une écriture liée à son engagement politique d'intellectuelle de gauche, très vite attirée par le fait-divers, les personnages non entendus (les travailleurs immigrés, les ouvriers, les taulards…) et qui devient rapidement atypique.

 

D'autres articles nés d'un film aimé, d'une rencontre, d'un lieu complètent la compilation et témoignent d'un journalisme peu classique (elle s'exprime souvent à la 1ère personne), souvent controversé.

Peut être d'ailleurs  cet ouvrage est-il une belle entrée en matière (pour le néophyte) dans l'œuvre de Marguerite Duras. Accessibles, parfois lyriques, détenant en eux ce qui anime ses récits, proches de son écriture romanesque, de ses pratiques stylistiques, ces articles sont « l'écriture de Marguerite Duras », préfaçait ainsi Yann Andréa.