Olivia : de l'instabilité du désir

Cécile Pellerin - 27.06.2016

Livre - passion amoureuse - littérature anglaise - femme


Dorothy Bussy (1865-1960), auteure anglaise, proche du Bloomsbury group et amie de Virginia Woolf et d'André Gide n'écrivit qu'un seul roman (en partie autobiographique), Olivia, en 1933 mais publié seulement en 1949 (Stock). Objet de scandale à sa parution, il remporta pourtant un succès immédiat. C'est un vrai plaisir de le (re)découvrir aujourd'hui.

 

Irrémédiablement plongé dans une autre époque, le lecteur est aussitôt séduit par la grâce et la délicatesse de l'écriture, fasciné par l'habileté de l'écrivain à rendre compte d'une passion amoureuse adolescente, à la fois empreinte de ferveur exaltée et de retenue.

 

Absolument sincère et extrêmement juste, lumineux, le récit très resserré, pénètre immédiatement le lecteur, intime et bouleversant, sans distance spatio-temporelle ni tonalité surannée. Presque aérien. Subtil et élégant.

 

 

Avant même de décrire la passion amoureuse homosexuelle, l'histoire révèle davantage l'éveil de l'amour adolescent d'une jeune fille, la confusion et l'ardeur de ses sentiments, la brûlure du désir et l'impossibilité de lutter contre ces émotions nouvelles et incontrôlables.

 

Olivia a 16 ans lorsqu'elle intègre, Les Avons, un pensionnat de jeunes filles en France. Dirigé par deux femmes cultivées et érudites, égéries assez fascinantes, le groupe d'adolescentes, scindé en deux unités rivales ("les Caristes et les Julistes"), s'instruit avec délectation dans une atmosphère de liberté et de gaieté, propice à l'épanouissement et aux affinités électives.

 

"Je m'éveillai dans un monde nouveau : un monde  où tout était d'une intensité poignante, chargé d'émotions bouleversantes, de mystères insoupçonnés : un monde, au centre duquel je n'étais moi-même qu'un cœur brûlant et palpitant."

 

Rapidement, Olivia est perturbée par le plaisir et le désir qui l'habitent lorsqu'elle se retrouve en présence de son professeur de littérature, mademoiselle Julie. Pleine d'innocence et de pureté, elle rend compte, sans réserve,  de ses émois, de ce changement d'état, de cette transformation qui la bouleverse, décuple à la fois le plaisir et la souffrance, menace son intégrité.

 

"Mes jambes ne me portaient plus, le sol se dérobait sous moi… La joie chantait dans mon cœur. Je ne sentais plus ma faiblesse. Une sorte d'ivresse coulait dans mes veines… Qu'était-ce ? Que se passait-il en moi ? Je ne cherchais pas à comprendre. Je savais seulement qu'un prodige allait s'accomplir."

 

La jalousie, l'impatience, le manque, l'excitation, la fureur, la sensualité ; tout cela est décrit avec passion et sublimée par une langue sobre et soignée, où la puissance des sentiments reste contenue. Et sans doute cette maîtrise remarquable donne-t-elle encore plus de force transgressive à l'histoire et offre à cet amour interdit, un éclat et une beauté intemporels et envoûtants.

 

"Mon amour est sans espoir […] Mais c'est là ce qui ennoblit ma passion, ce qui la rend digne de respect ! Aucun autre amour, aucun amour entre homme et femme ne peut atteindre un tel degré de désintéressement !"

 

Et pour prolonger le plaisir de cette lecture, hâtez-vous de voir ou revoir le film éponyme de Jacqueline Audry (1951) avec Edwige Feuillère dans le rôle de mademoiselle Julie.


Pour approfondir

Editeur : Mercure De France
Genre : littÉrature...
Total pages : 152
Traducteur : roger martin du gard
ISBN : 9782715243842

Olivia

de Dorothy Bussy

En relevant la tête, j’ai rencontré son regard fixé sur moi… Sans réfléchir, sans avoir prémédité mon geste, j’ai cédé à une impulsion inconnue d’une violence irrésistible, et je me suis tout à coup trouvée à ses genoux, couvrant ses mains de baisers et répétant, à travers mes sanglots : "Je vous aime ! Je vous aime! Je vous aime!…" Je sentais sous mes lèvres la douce chaleur de sa peau, la dureté de ses bagues… Venue parachever son éducation en France, Olivia, une jeune Anglaise de seize ans à peine, va être subjuguée par la directrice de son école, la très belle Mlle Julie qui lui fait découvrir la poésie, le théâtre, la peinture… Rien de plus vrai, de plus frais que ce premier amour d’une adolescente entraînée sans défense dans une aventure qui la dépasse. Mais si elle sait très bien jouer avec les sentiments exaltés de sa jeune élève, Mlle Julie vit en même temps une autre passion. Avec pour seules armes sa candeur et sa pureté, Olivia va se retrouver au cœur d’un drame. "Lyrisme passionné, spontanéité qui jamais n’échappe au contrôle, goût parfait, tels sont les caractères distinctifs de l’art de l’auteur", a écrit Rosamond Lehmann, qui ajoutait : "C’est pourquoi Olivia est une des rares œuvres que je relirai avec la certitude de n’en avoir jamais épuisé le suc." Quand Olivia parut en Angleterre en 1949, simplement signé 'par Olivia', ce fut un succès immédiat. On sait aujourd’hui que l’auteur se nommait Dorothy Bussy, qu’elle était la sœur de Lytton Strachey, et une grande amie de Virginia Woolf et d’André Gide qu’elle traduisait en anglais. Née en 1865 et décédée en 1960, elle n’a écrit que ce mince roman devenu un classique.

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