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Olivia Rosenthal, On n'est pas là pour disparaître

Clément Solym - 16.05.2008

Livre - Olivia - Rosenthal - disparaitre


Monsieur T. a poignardé sa femme de cinq coups de couteau.

Il s’est ensuite réfugié dans le jardin des voisins après avoir franchi la clôture séparative, ce que sa récente opération du genou aurait dû lui rendre physiquement irréalisable et douloureusement insupportable.

Les policiers ont eu tôt fait de lui mettre la main dessus puisqu’il n’a pas bougé de son refuge jusqu’à leur arrivée.

Interrogé après son arrestation, Monsieur T., qui a plus de 72 ans, a été incapable de fournir des réponses cohérentes, ne semblant même pas comprendre ce qui lui était reproché et ne pas se souvenant même plus d’avoir tenté d’assassiner son épouse.

Finalement, l’expertise psychiatrique viendra confirmer les données du dossier médical de Monsieur T. : atteint de la maladie d’A., il n’était pas en pleine possession de ses facultés mentales au moment des faits et avait certainement été pris d’une crise de démence agressive, l’un des symptômes de cette maladie.


Alors que dans tout son ouvrage, Olivia ROSENTHAL mentionne à de nombreuses occasions l’œuvre médicale du docteur Alois Alzheimer, à aucun moment elle n’utilisera une autre expression que « la maladie d’A. » pour désigner cette dégénérescence du cerveau qui porte son nom.

Cette maladie, comme elle l’avoue sereinement, ne lui plaît pas du tout et semble même lui procurer plus de terreur que n’importe quelle autre maladie au verdict final aussi fatal.

Aussi est-ce une sorte d’auto psychothérapie qu’elle engage en tentant de percer cette question angoissante à laquelle la médecine n’apporte pas de réponse : que peut-on encore ressentir quand on commence à ne plus rien ressentir ? Quand le réel, finalement, perd pied face à un cerveau qui ne répond plus ? Quand on « lâche prise » ? Quand on arrive à « oublier de résister » face à toutes ces petites vicissitudes que la vieillesse amène avec elle ? Quand « perdre n’a plus de sens » ?

Et c’est effectivement une angoisse profonde que d’imaginer que les choses pourraient instantanément disparaître de la mémoire parce qu’elles ont disparu de la vue !

Parallèlement à cette tentative d’exorcisme de ces peurs devant un inconnu trop difficile à circonscrire, quelques bribes de la vie du docteur Alzheimer sont disséminées au fil des pages : ses relations avec ses confrères et notamment avec le professeur Kraepelin qui, dans son œuvre de référence, donnera le nom d’Alzheimer à cette maladie que ce dernier a peu à peu identifiée. On reste toutefois très largement sur sa faim quant à cette vie qui a pu ne pas être passionnante, mais qu’il paraît un peu réducteur de ramener à de si brefs instants ou à quelques hypothétiques sentiments voire ressentiments. De ce point de vue là, ce livre a un petit goût d’inachevé même s’il n’y a aucune ambiguïté sur le fait que l’objet n’a jamais été d’écrire une biographie.

Quant à l’œuvre de dédramatisation de la maladie, de démolition de l’appréhension associée à ce qu’elle pourrait avoir comme incidence sur la (perte de la) perception de soi, voire (pire ?) la perception des autres, il n’est pas aisé de savoir si Olivia Rosenthal considère être arrivée à ses fins. Il est plutôt probable que toutes ses angoisses n’auront pas été définitivement vaincues quand elle a écrit le point final de son livre. On peut sans difficulté la comprendre.

En tout cas, grâce à une écriture se jouant de toute logique et de toute ponctuation, elle aura remarquablement bien tenté de penser comme ceux à qui la pensée échappe.



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