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“On ne meurt pas la bouche pleine”, un polar mené à la baguette

Fred Ricou - 26.10.2017

Livre - polar japon cuisine - chef Thierry Marx - Odile Bouhier auteure


On ne meurt pas la bouche pleine, sous ce titre de polar qui pourrait faire penser à un San-Antonio, se cache deux auteurs. L’une, Odile Bouhier, une habituée des romans noirs, l’autre Thierry Marx, un habitué des cuisines gastronomiques, fou de culture japonaise, et devenu chef ultra-médiatique grâce à ses participations à l’émission Top Chef pendant cinq saisons. Premier roman à quatre mains pour les deux comparses, entre France, Japon et gastronomie moléculaire.

 
 

Les codes du polar sont respectés : un flic cinquantenaire nostalgique d’un amour perdu et un peu ronchon, des meurtres mystérieux dont l’étrange simplicité mettent la puce à l’oreille dudit flic, un personnage étrange et fascinant qui pourrait bien être le meurtrier, mais, comment ? Pourquoi ? Et quel est cet étrange lien qui unit les victimes avec les yakusas au Japon ? Et justement, au pays du soleil levant, les victimes s’accumulent également. Il y a forcément une logique entre tous ces meurtres, et si le secret était dans la cuisine moléculaire ?

 

Tout y est pour faire de ce  roman l’un des succès "polar" de cette fin d’année. Odile Bouhier et Thierry Marx avaient déjà, avant de se lancer dans un roman, travaillé ensemble. Sous une forme de guide, Paris Marx : Saveurs Capitale, le chef donnait ses recettes et ses meilleures adresses quand Odile Bouhier était là pour les coucher sur le papier. Un travail d’équipe paru en 2014 qui donne trois ans plus tard, un étonnant roman empli de culture nippone.

 

Il y a quelques jours, sur l’antenne d’Europe 1, le chef avouait qu’avec ce livre, c’était pour lui une revanche sur les années de collège et de lycée où, contrairement à aujourd’hui en cuisine, il n’excellait pas. Et comme il l’expliquait à Daphné Burki, par la suite : « Je suis capable de faire un texte de 3.500/4.000 signes, mais ça ne fait pas un roman. Il me fallait un architecte ». Cette architecte, c’est Odile Bouhier. Scénariste de formation et auteur de romans noirs. En 2013, elle emporte le prix Polar Sud-Ouest / Lire en Poche avec Le Sang des Bistanclaques, un polar historique dans le Lyon des années 20 qui aura deux suites pour former une trilogie, qui remporte également le Prix Griffe Noire.

 

Qui connaît, même succinctement, la carrière de Thierry Marx, sait sa passion pour le Japon; il a d'ailleurs pratiqué le judo, le ju-jitsu et l’aïkido, et, dans son restaurant Le Mandarin Oriental, il cuisine régulièrement avec des baguettes. Plus qu’une passion, l’Asie coule dans ses veines. Il d’ailleurs vécu à Tokyo quelques temps quand il était jeune cuisinier.

 

Dans On ne meurt pas la bouche pleine, le voyage vers le versant sombre de la ville est extrêmement bien rendu et de la même manière que le Commandant Simmeo, on la découvre pas à pas et, comme le personnage, on y prend goût. Justement le goût et la cuisine sont très présents dans le roman, et même plus : la cuisine « moléculaire », dada de Thierry Marx qu’il expérimente chaque jour avec le chimiste Raphael Haumont, y a une place de choix.

 

Beau duo que le résultat de ce roman dans la nouvelle collection Sang Neuf chez Plon. Thierry Marx, homme touche-à-tout, prend un malin plaisir à se retrouver dans cette nouvelle aventure. Il n’avait pas encore réellement touché à l’écriture fictionnelle et l’on voit que cela lui va comme un gant. Odile Bouhier, quant à elle, confirme son talent pour créer des atmosphères tendues et sombres à souhait. On en est presque à demander déjà la suite des aventures culinaro-polaresques du commandant.


Odile Bouhier & Thierry Marx, On ne meurt pas la bouche pleine, Plon, Sang Neuf, 9782259251402, 18 €