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Opération Fritham : l'espion qui venait du froid

Cécile Pellerin - 18.05.2013

Livre - guerre 39-45 - espionnage - Arctique


Au début de la seconde guerre mondiale, le Svalbard, sous souveraineté norvégienne est un territoire neutre jusqu'en 1941 lorsque l'Allemagne attaque l'Union soviétique et y implante des stations météorologiques. La Norvège continentale, sans opposer de véritable résistance est aussi envahie par l'Allemagne et les combats qui règnent au nord de la Norvège et de la Finlande, entre l'Allemagne et l'Union soviétique sont si intenses que Kirkenes, à l'extrême nord, devient la ville la plus bombardée d'Europe.

 

L'archipel du Svalbard est évacué. En 1942, deux navires anglais, avec à leur bord d'anciens mineurs des Svalbard, tentent, dans le cadre de l'opération Fritham, de reconquérir leur archipel. Cette opération militaire sera un échec, les Allemands détruisant les deux navires.

 

C'est dans ce contexte très particulier que Monica Kristensen a choisi de placer sa nouvelle enquête menée par le commissaire de la police locale, Knut Fjeld, désormais familier des lecteurs du « sixième homme », son précédent roman et satisfait qu'un nouvel événement se produise et le secoue un peu : « Ces derniers mois son engouement avait commencé à retomber. Pour être parfaitement honnête même, il s'ennuyait un peu. Le train-train quotidien avait repris le dessus. Il restait de plus en plus souvent devant la fenêtre à regarder le mauvais temps qui faisait rage à l'extérieur. »

 

Une rencontre commémorative entre les Vétérans de l'Arctique va avoir lieu au Svalbard. Elle doit réunir également Allemands et Anglais et apaiser les haines du passé. «  Ils étaient vieux maintenant. Mais ça allait plus loin que ça. Ils n'étaient plus les mêmes qu'autrefois, un demi-siècle de progrès social et le quotidien les avaient changés […] Ne serait-il pas temps de laisser le passé derrière eux ? » Bien évidemment les retrouvailles entre les différents acteurs ne se passent pas sans heurts et donnent à l'auteur l'occasion de revisiter l'Histoire par d'habiles flashbacks et de placer l'essentiel de son intrigue en pleine guerre mondiale.

 

Ainsi en 1941, deux frères norvégiens, enrôlés dans l'armée allemande désertent au nord de la Norvège et dans leur fuite, égorgent un pasteur. Plus tard, l'un des frères est retrouvé mort, une balle dans la tête. L'autre, échappe à la justice en se faisant passer pour un autre et pourrait être l'un des participants à cette rencontre commémorative.

 

Soixante ans plus tard, l'enquête rebondit et Knut, aidé par les anciens rapports du lensmann de Pasvik (dont il souligne la complexité, extrêmement dépendants, à l'époque, des réseaux locaux et de la collaboration avec les Allemands), le conseiller du patrimoine culturel, Kjell Lode, et un policier anglais, Sebastien Rose, va, peu à peu, remonter le fil de l'Histoire, détailler les opérations militaires nombreuses en cette zone stratégique et retrouver ce meurtrier mystérieux, « avisé, organisé et qui tuait de sang-froid », éclaircir son  existence de faussaire.

 

Tout cela sous la lumière particulière du soleil de minuit, à travers des paysages étonnants et déroutants qui révèlent, une fois de plus, que l'archipel des Svalbard est unique, encore authentique et décidemment attirant malgré un climat austère et une Histoire parfois sombre et ambigüe.

 

« Le pourtour dentelé des montagnes et des glaciers bien argenté apparut peu à peu vers le nord. Une sorte d'étrange halo lumineux flottait au dessus de la ligne d'horizon. Elle est belle, notre princesse polaire. »

 

L'avant-propos, tout comme les cartes de l'archipel et du nord de la Norvège proposés au début du roman, et la postface sont des éléments utiles à la compréhension du roman, vraiment incontournables. Ils lui apportent une fluidité et un éclairage indispensables, il me semble, au lecteur non initié à l'Histoire de la Norvège.