Ordures : satire urbaine et saleté de roman noir

Mimiche - 20.01.2014

Livre - Déchets - roman noir - Corruption


Shaney Fleet règne sur son petit établissement, derrière son comptoir. Comme son père et son grand père avant lui, il sert alcools et sandwiches à quelques habitués. Et ses œufs durs au vinaigre sont une vraie spécialité reconnue.

 

Célibataire, il passe ses journées entières dans son bar, sans congés, sans répit, du matin au soir, avec bonhomie et en se gratifiant seulement d'un petit réconfortant, le soir, à la fermeture.

 

Ce soir là, deux nouveaux venus viennent prendre un verre chez lui, Pete et Turner, et engagent une conversation anodine.

 

Jusqu'à glisser gentiment à Shaney que maintenant, il faut qu'il passe un contrat avec le société Stovin pour faire assurer le ramassage de ses ordures.

 

Satisfait des services que lui rend la société Eco qui travaillait déjà pour son père et même son grand père, Shaney n'entend pas changer de fournisseur alors qu'il est parfaitement débarrassé de ses déchets.

 

Quand le conseil devient menace, Shaney envoie balader les deux olibrius dont les propos se chargent de plus en plus de sous-entendus.

 

Jusqu'à ce que cessent les paroles doucereuses et que se mette en place une redoutable machine à broyer. 

 

 Dans ce roman très noir où le pire est toujours à la page suivante, Stephen DIXON malmène son barman avec une redoutable efficacité. Il est tout à fait raisonnable de penser que, même à la dernière page, il en a encore sous la pédale pour le faire chavirer sous les pires avanies.

 

Et pourtant, il fait très fort d'un bout à l'autre de ce roman qui trouve son ferment dans les ordures et dans les pratiques mafieuses auxquelles l'individu semble bien incapable de résister isolément. Un peu comme une partie de go ! Un pion à la fois et puis, parfois, des pans entiers qui tombent inexorablement sans possibilité de résistance car tout le terrain, autour, a déjà été miné.

 

Les méthodes d'affaiblissement relèvent d'une stratégie bien huilée qui procède de la façade honorable, des actions en sous-main et du harcèlement quotidien. Redoutable !

 

Le pot de terre contre le pot de fer : la tête de Shaney en fera rapidement l'expérience au sens propre du terme.

 

Ce roman est noir et désespérant. Il est même révoltant quand il met en évidence la complicité (in)directe de la police et de la justice (leur duplicité même) lesquelles, finalement, ne sont d'aucun recours dans cette lutte aux relents désespérés que mène l'individu face à un groupe parfaitement organisé pour mettre en coupe réglée tout ce qu'il entend faire plier.

 

 

 

C'est une stratégie bien connue. La voir ainsi déployée n'a rien de rassurant car il est bien évident que la réalité n'a aucune peine à dépasser la fiction. Et cela peut faire peur.

 

 

 

Surtout quand, comme le rappelle la quatrième de couverture, « les gags s'abattent comme les coups durs, sans s'arrêter … jamais ».

 

 

 

La seule objection que je ferai à cette phrase alléchante pour un roman noir, c'est que je n'arrive pas à voir là, seulement des « gags » !