Orgueil et préjugés et Zombies, Jane Austen sauce Seth Grahame-Smith

Clément Solym - 02.11.2009

Livre - orgueil - prejuges - zombies


Ah, la douceur de l'Angleterre, dont l'empire colonial s'effrite. Pour les soeurs Bennet, la vie pourrait n'être qu'un long fleuve tranquille, attendant paisiblement qu'un mari les choisisse. D'autant que l'arrivée soudaine d'un certain Charles Bingley non loin du village de Longbourn, où elles résident, présagerait l'union prochaine d'une d'entre elles...



 
S'il n'y avait pas ces innommables qui peuplent la région. Car, si ce n'était que le caractère déplorable de M. Darcy de Pemberley, hautain et méprisant, la vie des soeurs et d'Elizabeth en particulier, la vie serait presque supportable.

Mais voilà : l'Enfer déborde et vomit les morts sur la Terre des vivants, qui ont fort à faire pour ne pas se faire dévorer la cervelle. À cette fin, si Mme Bennet mère a pour souhait que ses filles épouse un bon parti, tout en sachant conserver leur rang, M. Bennet père lui, a opté pour une formation dans les arts guerriers, plutôt destinée à leur assurer de ne pas tomber entre les mains plus ou moins décomposées de zombies qui hantent l'Angleterre.

Pour ce faire, elles ont reçu une éducation stricte auprès d'un maître dans les 36 chambres Shaolin, manient le sabre et les techniques de combat les plus habiles. C'est qu'il faut bien se défendre. Dans le petit monde de Longbourn, on pourrait presque passer des jours heureux. Entre deux zombies dont on éclate le crâne à prompt renfort de fusil, de coups de pieds sautés ou prises martiales...

Bien sûr, cela n'empêche pas les sentiments d'éclore et dans cet éveil à une vie de lutte contre les morts vivants, quelques émotions jaillissent, timidement. Entre deux mâchoires fracassées, quelques corps en décomposition avancée que l'on pulvérise ou autres joyeusetés croisées au détour d'un chemin. Heureusement qu'en hiver, le sol est trop dur pour que les morts sortent, cela fait un peu de
calme...

En cosignant le texte de Jane Austen, Smith a réécrit l'une des plus grandes fresques en quasi huis-clos de la littérature anglophone. Source d'inspiration pour des Journal de Bridget Jones et consorts, ce classique en prend gentiment pour son grade dans une traduction de Laurent Bury qui rend bien le texte américain que nous avions découvert.


Jane Austen

 
En injectant quelques traits d'humour supplémentaires et une grosse quantité de chairs tuméfiées, putréfiées et mortes depuis plus ou moins longtemps, il chamboule toute l'aventure des soeurs Bennet et bouscule pourtant sans rudesse l'histoire originelle. Aux péripéties sentimentales, il greffe çà et là des affrontements amusants et tellement décalés que l'on réprime difficilement un grognement de satisfaction.

Maintenant, réécrire Jane Austen, même avec des hordes de morts-vivants, cela reste du Jane Austen, et l'on n'échappe pas à quelques passages pénibles et longs, qui s'éternisent, entre lettres d'effusion amoureuse – avec la réserve de rigueur – ou d'abîmées profondes et d'introspection qui donnent envie de tourner les pages plus vite. Mais même le coeur le plus insensible se laissera adoucir par le bris régulier de ces zombies qui tombent face aux soeurs Bennet.

Un coup de coeur distrayant et sympathique à déguster entre deux morceaux de cervelle sanguinolente.
 
 



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