Oublier mon père : se reconstruire face aux mensonges d'une mère

Victor De Sepausy - 10.09.2018

Livre - Oublier mon père - Manu Causse Denoel - Denoel RL2018


ROMAN FRANCOPHONE - Oublier mon père, c’est Alexandre qui nous raconte son enfance, une enfance marquée par un profond mal-être. Mais, paradoxalement, dans l’écriture, la douleur de vivre n’est pas perceptible dans cette remémoration. Ce sont les regards des autres sur lui qui peuvent parfois lui faire prendre conscience qu’il est possible de vivre autrement. Et de réécrire son histoire.

 



 

Enfant unique d’un père éducateur sportif, photographe amateur et passionné de ski de fond, et d’une mère documentaliste, Alexandre mène l’existence d’un enfant maladif. Mais il voit sa vie basculer encore un peu plus quand sa mère lui annonce la mort de son père dans un accident de voiture alors que ce dernier se rendait en Suède pour aller concourir au sein de la fameuse course de ski de fond, la Vasaloppet : « C’est triste, mais c’est comme ça. Pas la peine de chialotter, ça n’y changera rien ».

Obéissant face à sa mère, Alexandre essaie de ne pas « chialotter » tout en acceptant sa nouvelle vie dans le logement de fonction que sa mère a obtenu avec son nouveau poste au sein de la cité scolaire Victor-Duruy de Séméac, dans la banlieue de Tarbes. Souffrant d’anorexie, de maux de tête récurrents et d’un contact social difficile, Alexandre passe les neuf années suivantes de son existence enchaîné à une mère surnommée, avec une certaine justesse, « la folle du CDI » tant ses crises dépassent ce qu’il est permis d’accepter.

 

Construit sous forme d’alternance entre le récit de sa jeunesse, celui de sa vie d’adulte, et les recherches qu’Alexandre mène en Suède en 2018 autour du véritable destin de son père, ce récit maintient efficacement un certain suspense tout en amenant le lecteur à reconsidérer le passé du narrateur à chaque découverte qu’il fait sur la réalité de ce que fut sa vie.

 

En parcourant les premiers chapitres, on croit commencer un récit qui pourrait s’apparenter à celui d’Édouard Louis, en partie autobiographique : En finir avec Eddy Bellegueule. Brimades au sein de sa famille, brimades au collège, sentimentalité incomprise. Mais, plus on avance, et plus la direction change. L’existence socialement difficile d’Alexandre vient alors parfois prendre des accents propres à la prose de Houellebecq.

 

Tout en subissant dans un premier temps ses relations avec les femmes, peu à peu, Alexandre se reconstruit, faisant la part entre mensonges maternels et réalité, et l’ouvrage de Manu Causse prend un tour suffisamment personnel pour qu’on lui reconnaisse un style bien à lui. C’est à notre tour, en tant que lecteur, d’avouer que l’on s’est trompé en pensant avoir à faire à cette forme d’autofiction qui a envahi tous les rayons des librairies. La réalité est bien plus complexe. Cela tombe bien : c’est là que commence la littérature.

 

Voilà donc une belle découverte de cette rentrée littéraire 2018. Manu Causse maîtrise les codes de l’écriture qui lui permettent, grâce à quelques trucs, de maintenir en haleine son lecteur. Mais il maîtrise aussi cet art avec une grande finesse et, quand on repère certains effets, on est  en même temps pris par d’autres que l’on n’avait pas vraiment vu passer ! Et lorsqu’on se concentre sur le portrait de la mère, Alexandre nous conduit vers son père, nous amenant à reconsidérer l’image que nous avions de « la folle du CDI ».

Quête identitaire du narrateur, ce roman nous interroge aussi sur ce qui constitue notre identité, entre mensonge et réalité, entre ce que l’on a cru, ce que l’on préfère croire et ce que l’on ne peut plus ignorer…

 

Auteur de recueils de nouvelles, de pièces de théâtre, mais aussi de romans de jeunesse, Manu Causse, qui avait signé La 2 CV verte en 2016 (en cours d’adaptation au cinéma), vit aujourd’hui à Toulouse et nous immerge efficacement dans le Sud-Ouest, mais toujours avec le regard de celui qui est un enfant adoptif de cette région.


 

Manu Causse - Oublier mon père - Denoël - 9782207141311 - 20 €
 

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Pour approfondir

Editeur : Denoel
Genre :
Total pages : 296
Traducteur :
ISBN : 9782207141311

Romans français ; oublier mon père

de Manu Causse

Pas la peine de chialotter, je ne t'ai pas fait mal, m'assure ma mère chaque fois qu'elle me gifle. Sud de la France, années 90. Alexandre grandit auprès d'une mère autoritaire et irascible. Elle veut à tout prix qu'il oublie l'image de son père disparu.

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