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Outre-Mère, de Dominique Costermans : à la reconstruction d'identités

La rédaction - 14.02.2017

Livre - Outre-Mère Dominique Costermans - roman femme mère - reconstruction identité mère


À la fin des années soixante, Lucie Van Dam se voit invitée à entrer dans le bureau paternel afin de choisir quelques images pieuses qui serviront de souvenirs de sa communion privée. Quant au texte qui les accompagnera, aucune latitude possible pour la fillette : ses parents ont déjà décidé qu’il serait le calque d’un autre faire-part daté de 1946, celui d’une certaine Hélène Morgenstern.

 

 

 

Qui pouvait bien être cette enfant qui portait le même prénom que sa mère, Hélène Lambert ? Pourquoi cet effet si personnel était-il glissé dans le missel de cette dernière ? Était-ce vraiment une simple camarade de classe ?

 

Pour toute réponse, Lucie se heurte au mutisme des adultes : « Lucie sait que, dans cette famille, il y a des questions à ne pas poser et des sujets à ne pas aborder. Mais c’est la première fois qu’elle en prend vraiment conscience. »

 

Cependant, le ver est dans le fruit. Et la petite Lucie commence à sonder cette figure maternelle, si mystérieuse, si secrète, si crispée face aux interrogations légitimes de sa descendance. « J’ai pris conscience, du haut de mes sept ou huit ans, que j’avais frappé à une porte derrière laquelle se tenait tapi quelque chose qu’on ne pouvait pas réveiller. Mais pas quelque chose de mort et d’inoffensif : quelque chose de menaçant. »

 

C’est le début d’une quête de plusieurs décennies, qui mènera Lucie la bien nommée sur les sentiers cachés et tortueux du passé. Avec doigté, elle questionnera les membres de sa famille ; avec patience, elle remuera les archives et les vieilles photos ; avec obstination, elle recoupera les informations et triera le vrai du faux. Son objectif, aussi vital que candide, est de comprendre dans quelle histoire elle s’inscrit.

 

« D’Hélène, ma mère, c’est comme si j’étais née de rien. De presque rien. D’Hélène, j’ai aussi hérité ce grand silence. Ce secret en creux. Ce tabou parsemé de petites traces, comme autant de cailloux blancs qui m’ont guidée […] »

 

Sur son chemin généalogique, Lucie réveillera des blessures douloureuses, voire honteuses. Ce sera pourtant la condition sine qua non pour aboutir à la connaissance, à l’apaisement et enfin à la réconciliation.

 

Dans son premier roman, Dominique Costermans envisage donc la reconstruction d’identités dispersées à travers le difficile et salutaire dévoilement des origines.

 

Samia Hammami

 

Avec Le Carnet et les instants