Pascal Bruckner du côté des SDF

Xavier S. Thomann - 15.03.2013

Livre - Pascal Bruckner - La maison des anges - Pauvreté


Un jeune homme, agent immobilier à Paris, voue une haine farouche et obsessionnelle pour les clochards qui peuplent la ville. Parce qu'ils sont sales et ne font pas grand-chose de leur existence, si ce n'est embêter les honnêtes travailleurs dans l'espoir de quelques pièces de monnaie indispensables à leur survie. Mais cela, le héros de la Maison des anges, le dernier roman de Pascal Bruckner, Antonin ne peut le souffrir. 

   

Et pour cause, tout ce qui est sale (c'est-à-dire tout ce qui a été soigneusement karchérisé et javellisé) le met dans un état second. Logiquement, il décide de devenir le tueur en série de ceux que la vie n'a pas épargnés. 

 

Attention toutefois, notre homme n'est pas Patrick Bateman (le célèbre antihéros d'American Psycho de Bret Easton Ellis). Ne vous attendez donc pas à une débauche de violence. En fait, on assiste pendant une grande partie de l'ouvrage aux atermoiements d'Antonin qui n'est décidément pas très efficace. En effet, « on ne passe pas facilement du statut d'empereur des arts ménagers à celui d'exécuteur des basses oeuvres. » 

 

De plus, Antonin trouve sur son passage une femme au nom ridicule, Isolde de Hauteluce, qui s'est autoproclamée la sainte patronne des démunis de la capitale. Abbé Pierre en vêtements de grand couturier, elle est responsable d'un centre qui accueille les sans-abri auxquels Antonin souhaite s'en prendre. Pour mieux réaliser sa « mission », il décide de se mettre au service d'Isolde. 

 

Peinture sans concession de l'extrême pauvreté ? Difficile à dire, tant les personnages sont impossibles à prendre au sérieux très longtemps. Ce qui crée un drôle de déséquilibre avec le réalisme cru de certains passages. Du coup, le lecteur ne sait pas trop s'il est dans une fable urbaine ou un roman naturaliste du vingt et unième siècle. On pourrait même croire, à certains instants, être au beau milieu d'une farce. 

 

paris

wlappe, CC BY 2.0

 

 

Cette impossibilité de savoir vraiment de quoi il retourne est désagréable à la longue, et nous plonge dans un certain ennui, dont le personnage, de plus en plus irritant ne nous tire que rarement. 

 

On retiendra quelques descriptions bien senties des bas-fonds, quoique quelque peu hallucinées : on a plus l'impression d'être confronté au Paris insalubre du dix-neuvième siècle. « Sous la surface scintillante de Paris, ses artères animées, existe le réseau complexe des égouts, des lignes entrelacées du métro, des catacombes, des conduites de gaz, de téléphone, d'électricité. Et sous ce dédale de couloirs, de tunnels, se déploie un madrépore colossal... » 

 

Des descriptions qui viennent s'ajouter à une certaine grandiloquence métaphorique : « Dans ce royaume des ombres, vivent des fantômes semi-humains, des troglodytes farouches répartis en peuplades hostiles, des solitaires indomptés qui fuient le monde. » De même que des jeux de mots ratés, censés faire comprendre à quel point cette belle ville est tombée bien bas. Notre préféré : « Paris n'était pas une fête, Paris était une fiente. » 

 

Bref, on ressort plutôt déçu de ce roman urbain, perturbé par le flou qui règne quant au propos de l'ouvrage.