Passager clandestin : un prisonnier turc échappé dans le détroit des Dardanelles

Cécile Pellerin - 11.06.2014

Livre - guerre mondiale - marine - Jeunesse


La littérature jeunesse s'empare à son tour de la commémoration du centenaire de la Grande guerre, et propose, avec ce roman illustré, accessible dès 9 ans, une histoire, tirée de faits réels, originale et plutôt inédite puisqu'elle se place du point de vue d'un jeune marin anglais et rappelle combien cette guerre était  avant tout mondiale.

 

Une perspective intéressante, bien documentée, accompagnée de doux dessins de l'auteur et d'éléments d'archives capables de mêler habilement une réalité historique, souvent dramatique à l'innocence préservée de la jeunesse, encore pleine de rêves et d'espoirs.

 

L'histoire met en scène un jeune journaliste en herbe, un ancien marin de l'armée britannique et un passager clandestin insolite, une tortue Ali Pacha, recueillie justement lors de la bataille de Gallipoli en Turquie.

 

Dans une langue assez littéraire mais toujours accessible, Trev, journaliste local  au Lowestoft journal, raconte sa rencontre avec Henry Friston, jardinier à Corton et propriétaire d'une tortue. L'histoire se passe dans les années 50. D'un reportage animalier sur le réveil d'une tortue au sortir de l'hiver, le jeune homme va en fait, après plusieurs rencontres, rédiger l'article qui le lancera dans le métier : celui d'un jeune homme parti à la guerre, alors qu'il n'avait que 18 ans et rêvait de devenir marin.

 

Et ce roman relate cette rencontre attachante et entraîne le jeune homme (et le lecteur) dans les affres de la guerre 14-18, notamment jusqu'en Turquie où, grâce aux souvenirs précieux du marin,  le lecteur découvre, entre autres,  le sort tragique des animaux de guerre, le labeur des marins chargés de récupérer les blessés sur les champs de bataille, la solidarité des hommes, leur courage et leur force, malgré leur jeune âge.


La rencontre saugrenue avec la tortue,  lancée comme un projectile dans la tranchée, assurera à Henry, un divertissement capable de lui faire supporter l'éloignement des siens, la dureté du conflit, et elle évoluera  rapidement vers une amitié sans failles, hautement protectrice et salvatrice.

 

D'anecdotes amusantes en souvenirs plus tragiques, le récit oscille sans jamais sombrer. Il éveille la curiosité du lecteur, l'informe (le canal de Suez, les Sikhs et leur participation au conflit…), amuse aussi parfois et séduit assurément par son côté généreux et sensible.

 

L'alternance de narrateur (parfois Trev, parfois Henry) donne du rythme, du mouvement à l'ensemble et les dessins, colorés et naïfs accompagnés parfois de documents d'archives soigneusement choisis agrémentent le livre en lui ôtant toute intensité dramatique insupportable et libèrent l'imagination sans effort,  protègent aussi le jeune lecteur des horreurs de la guerre.

 

Un voyage émouvant, instructif et plutôt réussi.