Pélerinages, André Blanchard

Clément Solym - 20.07.2009

Livre - pelerinages - andre - blanchard


Outre que c’est l’un de ces mots favoris des amateurs de rébus – mais si, un petit effort d’imagination, et c’est joué – le pèlerinage, qu’il mène à Compostelle, Lourdes ou Moncul (il s’en flatte mazette), a toujours eu vocation à ce que le pèlerin se recueille. Si l’on devait théoriser, on conclurait qu’il s’agit là d’un voyage doublement effectué : physiquement et intérieurement. Comme un point d’inflexion qui rend propice le transport de l’âme par les vertiges du corps.

Non ? Dites-le franchement, si ça vous ennuie, ce que je raconte. Je vous rappelle que personnellement, le livre d’André, je l’ai lu et que mon avis est fait. Alors, suivez un instant.

J’ai fini. Merci de votre attention.

Le petit père André, c’est une sorte de Gourou. Quand on déambule dans l’Est parisien, aux alentours de quelques bonnes librairies, on vous en parle avec chaleur et amour. Autant dire que si vous ne le connaissez pas, difficile de conserver une once de crédibilité.

Alors nous voici revêtant la robe de bure de coutume, d’empoigner le fidèle bâton de marche et de chausser une paire de sandales, pour suivre l’homme dans ses émois touristiques de chaland parti… en pèlerinages. Destination, grosso modo, Besançon : pas vraiment une Mecque, ou alors pour d’anciens qui firent leur scolarité dans l’établissement privé, à l’enseignement religieux.

Et encore. Mais la plume est taillée, et fuse dans l’air sans un bruit, sinon celui de phrases cinglantes, sanglantes, tournées avec un soupçon de mordant, noyé dans quelques grammes de plus pur style.

Ce ne sont pas des ruines que l’on revisite, mais un regard neuf posé sur des souvenirs, des lieux et quelques anciens à qui l’on ne donne plus trop encore la parole. Ils en auraient à nous raconter sur avant, si l’on prenait la peine de les écouter. Ah, ça… Y’avait des discordes, des rivalités, des non-dits, bien sûr… y’avait pas internet non plus, mais ça n’empêchait pas que les choses se passaient bien pourtant.

Et en parcourant les alentours de la ville, on retombe sur l’université : amusant que de se dire que plus on montait en grade dans le cursus honorum, plus l’on était exclu du centre-ville. Et l’on poursuit son pèlerinage, dans le temps et l’espace en compagnie d’un heureux guide, ravi de nous conter ses histoires et ses aventures.

Point de mystique ni de miracle, pas non plus de gloria ni de chemin de croix pour achever la route. Ici, le pèlerinage n’a rien que de très laïc, et si d’ordinaire un Pater noster s’immisce, c’est qu’il a dû se perdre entre la mémoire et les récits.

Rendez-vous avec une aubergiste pas farouche, et chez qui on dîne plutôt bien : c’est que l’époque a peut-être changé, mais on n’entend pas faire mourir ses clients de faim tout de même. Et entre deux bouchées, verrez qu’elle vous fera la conversation. Elle aussi fait partie de ces dames du temps jadis. Tout à la fois objet du pèlerinage et attraction majeure.

En avant, les enfants. C’est pas tous les jours qu’on part pour pareil voyage.


 

Retrouvez Pélerinages, de Maurice Blanchard, en librairie