Pendant qu'il te regarde, tu es la Vierge Marie, Gudrun Eva Minervudottir

Clément Solym - 01.08.2008

Livre - pendant - regarde - Vierge


Le choix d’un livre que l’on désire chroniquer dépend de petites choses parfois indicibles. Une couverture attirante (nous traiterons un jour des études marketing faites à ce sujet…), un mot du titre, une quatrième alléchante. ‘Pendant qu’il te regarde…’ avait un peu de tout cela. Le tout dans une sobriété presque mystique comme les éditions Zulma ont souvent su la pratiquer. Le livre était intrigant. Et à plus d’un titre, c’est le cas de le dire.

Traduit de l’islandais par Catherine Eyjolfsson, ce recueil de nouvelles plonge dans un monde de contemplation ; loin d’un étonnement naïf ou d’une béatitude hébétée – bonjour les pléonasmes – chaque texte esquisse un morceau de vie fugace et intense. La nouvelle prend ici tout son sens. Le récit y est dense, instantané, mais surtout savoureux. Pas de cette saveur sucrée du texte reposant, pas non plus dans l’amertume ou l’acidité ; le regard posé sur le monde est froidement conscient, méticuleux. Un monde d’une sécheresse tragique, ou du moins, qui s’est dépouillé de tout artifice.

La première nouvelle donne le ton de l’ensemble : ‘Maintenant je vais te donner un bain parce que tu es mon amie’. Un homme et une femme se retrouvent dans une salle de bain, lui caresse son corps à elle, la nettoie, la lustre. Un bain bien étrange, cru, et pourtant, peuplé d’une délicatesse infinie, « parce que tu es mon amie ». Mais voilà, tout le récit est tourné au passé, parce qu’il ne reste de cet instant que le souvenir. Un moment lointain, dont le narrateur se berce, comme l’on retient en soi les dernières secondes d’un songe qui se dissipe. « Ça fait tellement longtemps que je n’ai pas de nouvelles de toi. »

Et la messe est dite.

Au gré des récits, on est bringuebalé d'aventures en saynètes, de morceaux vivants en fiction épouvantable. Les rancoeurs se mêlent aux instants de grâce, que le vent emporte. C’est un inconnu dont on croise le regard à travers la fenêtre et qui vous emporte dans une journée de paroles, pour vous clouer là, parce que finalement, vous n’êtes pas celle que vous sembliez.

C’est un chaton que l’on voulait offrir pour son anniversaire à la femme que l’on aime, mais que l’on poursuit avec l’ardeur déployée pour les gens qui nous fuient (salop de Proust !). Elle préférerait une plante verte, mais vous aviez tout prévu, averti les voisins qu’ils déposent le chaton lorsque vous seriez hors de l’appartement, pour lui faire la surprise. Sauf que ce con de chat a bouffé la prise électrique, et en est mort sur le coup. En guise de surprise, ce sera un sac-poubelle dans lequel on flanquera le corps sans vie. Et dont on parlera au-dessus d’une part de gâteau au chocolat.

Un sourire triste plane sur les textes, une douce amertume les nimbe, et l’enchantement d’une plume qui ne s’embarrasse pas de fioritures fait le reste. Tout est dépeuplé à l’extrême, pour que seul l’essentiel nous touche.
Et tout éclate dans un silence sourd. Pas de l’indifférence. Juste la fragilité quotidienne.

De la simplicité. Tout bonnement.