Père et fils jusqu'aux profondeurs du monde

Clémence Holstein - 16.06.2018

Livre - père fils relation - chien Schrödinger roman - Martin Dumont roman


Le chien de Schrödinger plonge au fond du cœur d’un père. Un monde d’hommes aux prises avec l’amour et la mort. La douce violence que chaque être humain est voué à affronter.



 


Jean aime Pierre aussi follement et normalement qu’on aime son fils. Le lien est fort entre eux. Très fort. Et pour cause. Il donnerait sa vie pour lui. Mais voilà, cela n’est pas possible. Cela n’est jamais possible. Rien que de très classique, en théorie. C’est ce que vous murmure à vous laisser sans voix Le chien de Schrödinger. 

 

Le monde de Jean, c'est Pierre, le fils qu'il a élevé seul. Depuis presque vingt ans, il maraude chaque nuit à bord de son taxi, pour ne pas perdre une miette de son fils. Il lui a aussi transmis son goût pour la plongée, ces moments magiques où ensemble ils descendent se fondre dans les nuances du monde, où la pression disparaît et le coeur s'efface.
Mais depuis quelque temps, Pierre est fatigué. Trop fatigué. Il a beau passer son temps à le regarder, Jean n'a pas vu les signes avant-coureurs de la maladie. Alors de l'imagination, il va lui en falloir pour être à la hauteur, et inventer la vie que son fils n'aura pas le temps de vivre. Quand la vérité s'embrouille, il faut parfois choisir sa réalité.



La relation père-fils est ici murmurée, douce, tendre, a priori silencieusement banale. Comme une berceuse de tous les soirs. Presque un peu mélancolique. Mais ce n’est pas tout. Quand il est menacé, l’amour d’un père pour son enfant devient fou. L’on vit le lien et la tragédie qui va l’attaquer à travers les yeux de ce père, noué de tendresse et de simplicité. Il n’a rien de spécial ? Sauf cette évidente intimité.

C’est une intimité pudique, une proximité lointaine, indéniable que raconte avec doigté Martin Dumont. Ce lien est vital pour l’un comme pour l’autre. Ils se connaissent. Ils partagent leur passion de la plongée. Ils n’ont pas besoin de disserter pompeusement sur le monde.

 

Quand la maladie surgit, elle ravage tout sur son passage. Elle verrouille la langue et empêche de dire le plus simple. Elle déclenche des tempêtes et des tourbillons de mots involontaires. Entre ces deux extrêmes, Jean alterne. Fou de douleur. Fou d’impuissance. Fou de culpabilité. 
 

Ce n’est pas lui qui est fou en réalité. C’est l’intensité des sentiments. Lui ne fait que jongler avec la maladie et la mort. Elles ne le laisseront donc jamais en paix ! En tout cas, il va sans dire que Jean nous fait affirmer avec une plus grande assurance que jamais que la torture est celle de celui qui reste. Encore et encore, quand les piliers de sa vie s’effondrent les uns après les autres autour de lui. Déforesté. 


Et cette dévastation nous emmène vers le renversement des valeurs : la folie et la normalité ne sont que des cases préétablies, parfaitement arbitraires. Ce qui est fou en temps normal devient normal ici et vice-versa. Vivre est une perpétuelle adaptation. Face à la mort, devant la vie qui échappe, la franchise, la vérité ont-elles encore un sens ? Jean veut croire que oui.

Nous voulons sans doute tous croire que oui. Mais les règles du jeu ne sont plus les mêmes et chacun voit midi à sa porte. La logique et la rationalité sont défiées et ne règnent plus en maîtres. Ou alors, un autre univers prend forme et il est question de se laisser guider par d’autres phares.

 

L’humour reste de mise du début à la fin du roman. Pas tellement plus amer au fur et à mesure que le héros s’enfonce. Toujours ce petit pied de nez à la réalité et à ses paradoxes. L’on voit même que plus on avance dans le texte et plus les paradoxes et les futilités de l’existence sont ries, sans être moquées, sans aucune cruauté. Pourtant, l’on pourrait s’y attendre. Mais la violence ne s’agite pas, dans Le chien de Schrödinger. Elle sourd. Sans cynisme, mais avec bon sens, Jean confronté à l’impensable, à l’inacceptable, tourne en dérision ce qui nous paraît si sûr et certain. 
 

[Extrait] Le chien de Schrödinger de Martin Dumont

 

Par son humanité, Jean séduit le lecteur et le conduit aussi tendrement qu’il aime son fils dans les méandres de la folie de la vie. La vie est une folie, voilà le fin mot de l’histoire. Folie si répandue. 
 

Un livre qui même malgré soi ouvre le cœur. Quoi qu’on en veuille. On pourrait presque l’en refermer pour être sûr de ne pas trop... Mais Martin Dumont sait guider son lecteur jusqu’à la fin et lui faire traverser le gouffre.

 

 

Martin Dumont – Le chien de Schrödinger — Editions Delcourt — 9782413006985 - 15 €
 




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Le chien de Schrödinger

de Martin Dumont

Premier roman français. Le monde de Jean, c'est Pierre, le fils qu'il a élevé seul. Depuis presque vingt ans, il maraude chaque nuit à bord de son taxi, pour ne pas perdre une miette de son fils. Il lui a aussi transmis son goût pour la plongée, ces moments magiques où ensemble ils descendent se fondre dans les nuances du monde, où la pression disparaît et le coeur s'efface. Mais depuis quelque temps, Pierre est fatigué. Trop fatigué. Il a beau passer son temps à le regarder, Jean n'a pas vu les signes avant-coureurs de la maladie. Alors de l'imagination, il va lui en falloir pour être à la hauteur, et inventer la vie que son fils n'aura pas le temps de vivre. Quand la vérité s'embrouille, il faut parfois choisir sa réalité. Un premier roman pudique et poignant, le roman de l'amour fou d'un père pour son fils.

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