Personne ne disparaît, de Catherine Lacey

La rédaction - 29.03.2017

Livre - Personne ne disparaît - Catherine Lacey roman - éditions Actes Sud


Elyria, une jeune New-Yorkaise de 30 ans, quitte tout – mari, travail, habitudes – et part, ou fuit, en Nouvelle-Zélande, un quasi-inconnu lui ayant offert vaguement lors d’une soirée littéraire d’occuper la chambre d’amis dans sa ferme si d’aventure elle passait par là. Alors elle y va !

 

 

 

Commence alors un road movie un peu barré : elle traverse le pays en auto-stop, fait de drôles de rencontres, se laisse ballotter par les événements, avale les imprévus sans broncher, attend le ferry ou une voiture, dort là où on veut bien d’elle,... Mais ce n’est pas l’attrait de l’inconnu, la soif de nouvelles expériences qui motivent ce voyage.

 

L’idée est plutôt de se perdre, se dissoudre dans ce pays désertique, ce grand nulle part, se séparer d’elle-même. Mais « Personne ne disparaît » jamais vraiment, du moins à soi-même. Au fil de rencontres de hasard, des conversations fragmentaires avec des inconnus, des moments de solitude aussi, Elyria ne cesse de s’interroger sur elle-même.

 

Partie sans bagages, elle est pourtant encombrée de souvenirs : sa sœur adoptive qui a choisi d’en finir, son couple bancal, sa mère irresponsable. Ce qu’elle voudrait, c’est se dégager de toute cette lourdeur, de ce « yack » comme elle l’appelle, qui symbolise ce fardeau de noirceur et d’angoisse qui, sent-on, l’accompagne depuis trop longtemps.

 

Avec ses réflexions inimitables, sa logique très particulière et son humour désespéré, cette héroïne qui cherche au tréfonds d’elle-même à se sentir vraiment vivante, ou paradoxalement à prendre congé de soi, nous fait rire, involontairement, et nous émeut profondément. Bien sûr, Elyria ne va pas bien. Bien sûr, elle réagit de manière excessive à son mal-être.

 

Mais avec sa façon décalée de voir les choses, son humour féroce, avec ce regard qui a parfois la lucidité de la naïveté enfantine, le lecteur s’interroge lui-aussi : au fond, ne s’approche-t-elle pas de la vérité ? N’est-ce pas elle qui a raison ?

 

[Extraits] Personne ne disparaît de Catherine Lacey  

 

Suivre l’errance intérieure d’Elyria pourrait s’avérer pesant, voire lassant. C’est tout le contraire : grâce à une écriture singulière, parsemée de trouvailles et débarrassée de tous lieux communs, Catherine Lacey accroche et éblouit dès les premières pages, interpelle le lecteur, l’invite à poser un regard neuf sur le monde qui l’entoure. Et Elyria, si fragile, tourmentée, au bord du précipice, lui devient très proche.

 

Sophie Roelants,
À Livre Ouvert/Le Rat conteur (Bruxelles)

traduit de l’anglais (États-Unis) par Myriam Anderson

 

en partenariat avec le réseau Initiales