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“Petit chef-d'oeuvre de littérature” : oxymorique et oxymordant

Justine Souque - 19.11.2018

Livre - Luc Chomarat roman - littérature chef oeuvre - éditeurs Paris industrie


ROMAN FRANÇAIS – Pour décrire ce livre, pourquoi pas un néologisme  ? Après tout, l’auteur ne se gêne pas pour faire parler les livres, leurs personnages, et même leur réputation… Alors, osons. Eh puis, « oxymordant », certes, mais la morsure n’est pas incisive  : l’écriture se veut candide, biscornue, intimiste. 




 

Sans se prétendre le moins du monde subversif, le second ouvrage de Luc Chomarat (aux éditions Marest), porte un regard aussi amusé que désabusé sur le milieu littéraire. Tendre ironie, oui, scandale friand du buzz, non. Ça change, et on aime bien. 

 

Loi du marché du livre : la main invisible balaye sans retenue 

 

Le petit-chef-d’œuvre de littérature, c’est un personnage, un petit format, « guère épais », qui traîne avec son ami Rastignac (que l’on remercie au passage pour ce kakemphaton). Nous le lisons comme un recueil d’aphorismes. Certains nous font rire, d’autres nous attendrissent, enfin quelques-uns nous font soupirer, obligés de constater qu’ils enrobent de tristes vérités quant au monde merveilleux de l’édition  ! Le fil conducteur, à savoir la vie d’un livre, est presque secondaire. 

 

Le lecteur se promène avec le petit chef-d’œuvre et ses compagnons de route, au gré de leurs pérégrinations. Et c’est tout le beau monde parisien qui les balade  : étagères de librairies, festivals, supermarchés, vide-greniers… Pas facile de se faire une place, espoir vain de croire qu’elle sera pérenne. 

 

La prose de Un petit-chef-d’œuvre de littérature ne dénonce pas, elle constate, avec un humour délicat et discret sur des pages épurées, où les blancs nous invitent à penser. Quand il est question de (ne pas pouvoir) vivre de son écriture, comment ne pas avoir en tête la Ligue des auteurs professionnels ?

Et la valse des rachats de maisons d’édition ou de librairies par de grands groupes peut nous rappeler les derniers gros titres et gros sous, comme l’acquisition d’Éditis par Vivendi. Les livres, dans tout ce remue-ménage, n’ont pas leur mot à dire. Ils vivotent, déménagent, élaborent des stratégies commerciales (devenir un best-seller !) pour exister plus longtemps. 

 

Qu’importe le flacon, pourvu qu’on ait l’ivresse ?” (Musset) : l’édition imbibée

 

Solitude de l’écriture, frénésie des mondanités parisiennes, offensive des critiques, vie bohème du succès… Et si on reprenait un verre pour oublier tout ça  ? Ou plutôt, pour avoir notre carte de membre au club très fermé de la grande littérature  ? L’écrivain soûl serait plus inspiré – à la Malcolm Lowry  ? —, et le critique plus doucereux après plusieurs demi-secs. Le sacrifice, pour accoucher d’un petit chef-d’œuvre et le faire parler dans les médias, est enivrant…

La gueule de bois, Luc Chomarat en parle aussi  : un livre que l’on a encensé la veille, les joues rosies par un bon Bordeaux, peut se retrouver du jour au lendemain noyé entre les numéros Un des ventes et l’actualité people/politique. 

 

Après toutes ces frivolités, après l’allégresse de la nouveauté, que reste-t-il d’un livre  ? Luc Chomarat fait résonner une question posée par Sartre  : « Qu’est-ce que la littérature  ? » Les ouvrages sont étiquetés, classés, puis finalement déclassés, sans que les critiques ou les libraires aient pu authentiquement parler d’eux. Les livres, des contenants mis en avant pour un temps, avant d’être du contenu  : telle est l’existence douce-amère des nouvelles publications, tout du moins celles qui sortent la tête de l’eau (de vie). 

 

Nonobstant, un leitmotiv tente de redonner un peu de sens à nos lectures  : « Un livre, un vrai, devrait modifier votre perception des choses. Du monde. On devrait se réveiller dans un monde neuf. » Alors au-delà des fluctuations du marché, des distributions de bandeaux et des lecteurs bons moutons de Panurge, le chef-d’œuvre, c’est peut-être ce livre, très personnel, que l’on cite non pas pour briller en société, mais pour se sentir un peu plus humain. 


Luc Chomarat – Un petit chef d’oeuvre de littérature – Marest Editeur – 9791096535132 – 9 €




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Pour approfondir

Editeur : Marest Editeur
Genre :
Total pages : 144
Traducteur :
ISBN : 9791096535132

Un petit chef-d'oeuvre de littérature

de Luc Chomarat

Il est impossible de résumer un Chomarat, et celui-ci en particulier.Disons simplement que ce roman narre les aventures d'un livre qui, dès sa naissance, est promis à un destin a priori enviable : celui d'être un petit chef-d'oeuvre de littérature. Mais est-ce suffisant pour exister en 2018 ? Entre crises existentielles et errances, cet ouvrage va tenter de trouver sa place dans un monde en perte de sens.

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