Petits combattants : la dictature argentine à hauteur d'enfant

Cécile Pellerin - 20.03.2014

Livre - Argentine - Dictature - Enfance


Les parents de Raquel Robles furent arrêtés le 05 avril 1976 à leur domicile alors que leurs deux jeunes enfants, Raquel (5 ans) et Mariano (3 ans) dormaient. De sa propre histoire, l'auteur a souhaité témoigner par le biais d'une fiction, « Petits combattants », pour permettre au lecteur une possible identification, un détachement libérateur. « Avec ma propre histoire j'avais la liberté de faire de la fiction quand je voulais. Et de rire de situations dont je n'aurais pas osé rire si je m'étais servi de l'histoire d'autres personnes. »

 

L'histoire se passe donc en Argentine, au début de la dictature militaire. Après l'enlèvement de leurs parents, (« le pire est arrivé et je dormais ») les enfants, un frère et sa sœur aînée sont recueillis et élevés par leur oncle et tante et leurs deux grands-mères à Buenos Aires.

 

A travers le récit de la petite fille (plus âgée que la narratrice à l'époque des faits), défile un quotidien semé de tendresse, d'amour, de peur et de colère,  de résistance, de jeux  (« pour stimuler l'activité neuronale de nos cerveaux ») où les larmes souvent retenues se mélangent aux rires sonores. Une existence presque ordinaire où le silence et la méfiance, la discrétion et la prudence ; le poids de la différence cohabitent, malgré tout avec l'insouciance et le rêve.

 

Délivré sous forme de monologue intérieur, comme une longue tirade ininterrompue ou presque, ce récit, court et sobre, se lit presque sans pause et emmène le lecteur avec une certaine douceur et beaucoup de pudeur, sans pathos excessif, au cœur d'une famille communiste. La fillette, élevée dans la lutte de ses parents, compte bien mener sa Révolution et éveiller les consciences de ses camarades, avec prudence, dans le respect de la clandestinité.

 

Etonnante de maturité, elle reste l'enfant de deux grands-mères attachantes, l'une Juive, issue du ghetto de Varsovie et l'autre, moins vive, adepte du tricot dont elle narre les existences avec attachement et chaleur. « Une grand-mère dont le regard ne s'éclairait que quand elle nous voyait, mais qui le reste du temps pleurait en triturant un petit mouchoir et en regardant par la fenêtre, et une autre grand-mère qui ne semblait pas concernée par ce qui nous arrivait. »

 

Bien sûr le manque, la solitude d'être quelque part orphelins, la souffrance de ne  pas connaître le sort de leurs parents habitent leurs pensées, rognent peu à peu leurs espoirs, alimentent leurs souffrances mais sans jamais les submerger ou presque. Et cette force à supporter le drame éblouit le lecteur. 

 

« Moi je ne pleurais presque jamais, d'abord parce que j'étais très fière de savoir me dominer, et ensuite parce que je pensais que si je me mettais à pleurer mon frère allait s'effondrer et je savais que j'avais une responsabilité : lui. Je devais le protéger. »

 

Il y a de la gravité dans ce récit mais la tonalité, à hauteur d'enfant, l'apaise et la contient, réduit l'intensité dramatique et, de ce fait, plus subtilement sans doute et sans manœuvre affectée interpelle le lecteur avec justesse et en profondeur.

 

 « Les histoires, parfois, peuvent se terminer mal et avoir une fin heureuse. »




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