Peut-on mourir d'ennui en été, quand on est adolescent ?

Nicolas Gary - 23.05.2019

Livre - Jill Eisenstadt - adolescents ennui - Rockaway Queens


ROMAN ÉTRANGER – Il aura fallu attendre plus de 32 ans pour que Jill Eisenstadt traverse l’Atlantique, alors même que son premier roman, From Rockaway sorti en 1987, a durablement marqué la littérature américaine. Et sa proximité avec Bret Easton Ellis et Jay McInerney, qui publièrent la même année Moins que zéro et Bright Lights, Big City, aurait dû la faire rayonner. Mais en France, non, du tout.
 


 


 

L’histoire éditoriale de cette traduction enfin parvenue aux lecteurs de langue française s’est jouée à peu de choses, nous expliquait Nathalie Zberro, éditrice chez Rivages. « Comme beaucoup de gens, je passe beaucoup trop de temps sur les réseaux sociaux. Sur Instagram, je suis tombée sur une photo postée par Bret Easton Ellis, aux côtés de Jill Eisenstadt. »


Et d’ajouter : « J’étais sûre d’avoir déjà vu ce nom quelque part, et, en effet, j’avais reçu un livre d’elle il y a un ou deux ans, que nous avions toutefois mis de côté. J’avais noté son nom, car il m’avait interpelé ».

 

Et nous y sommes : début avril sortait donc, traduit par Hélène Cohen, ce fameux roman comme une plongée dans le temps. De fait, il fut présenté comme thèse pour la maîtrise que Jill Eisenstadt passait à l’université de Columbia. Tout débute avec ces quatre adolescents venus de Rockaway Beach, quartier de New York situé dans le Queens.
 

Alexandra mène la danse, protagoniste central : grâce à une bourse, elle va intégrer le Camden College (imaginaire, mais inspirée par Bennington), et échapper à la vie d’ouvrier. Ses amis, eux, ont des emplois de moindre envergure, des petits jobs sans grand intérêt. À l’occasion d’une fête, tous quatre vont se retrouver pour faire le point sur leurs existences, les parcours qui les séparent, l’amitié qui les retient.
 

Tous enfants catholiques d’origine irlandaise, ils ont la classe ouvrière dans le sang, et sur les rivages de Long Island, on se prend à rêver en grand. Sauf que l’existence à Rockaway n’a rien à offrir de distraction ou d’avenir. Et l’été est probablement pire encore.


Le départ d’Alexandra pour le New Hampshire semble briser littéralement quelque chose entre eux. Peg, sauvage et chaleureuse a quitté l’école, parce que c’était nul. La Rouille, légèrement drogué, travaille chez Mickey’s Deli, en attendant l’été suivant. Quant à Timmy, méthodique et intelligent, et qui aura pourtant décroché du système scolaire, il ne rêve que de retrouver Alexandra… son ex-petite amie.
 

Avec l’été qui s’avance, les drames de l’adolescence s’exacerbent… évidemment.



Rockaway Beach

 

Il y a quelque chose de désuet dans ce roman, évidemment marqué par l’époque de sa publication – l’absence d’internet ou de smartphone, bien entendu ignorés (ah, temps bénis… !) y participe amplement, mais pas seulement. On a à l’esprit une ambiance comme celle qui se dégage de The Great Gatsby — la sensation d’une autre époque, fixée et immortalisée à jamais.


À la différence que l’on ne côtoie pas les hautes sphères riches ni des fêtes diaboliquement exubérantes — encore qu’Alexandra se trouve confrontée à une société de riches nantis, alternant entre les princesses de banlieue et les féministes radicales. Choc culturel assuré, quand on vient du Queens.


Là Ellis ou McInterney versent dans l’excès, l’écriture d’Eisenstadt est plus douce, parsemée de notes d’humour, qui plonge également dans un monde plus commun, où l’ennui n’en est que plus écrasant. Enseignante et journaliste indépendante, la romancière avait peut-être acquis des réflexes moins portés vers la folie douce — et parfois pas si douce, justement.
 

[Extrait] Un été à Rockaway de Jill Eisenstadt


Une atmosphère presque en sépia qui enchante, comme d'ouvrir une boîte de souvenirs oubliés dans une armoire ancienne. Splendide !


Son second roman, Swell, fut publié quatre années plus tard, renouant avec les rivages de Rockaway Beach, avec quelques-uns des personnages de son premier livre… Avis, avis. 



Jill Eisenstadt, trad. Hélène Cohen — Un été à Rockaway — Rivages — 9782743647445 – 22 €




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Pour approfondir

Editeur : Rivages
Genre :
Total pages : 230
Traducteur : hélène cohen
ISBN : 9782743647445

Un été à Rockaway

de Jill Eisenstadt

Publié en 1987, "Un été à Rockaway" appartient à ces livres qui ont marqué leur époque, au même titre que "Moins que zéro "de Bret Easton Ellis ou "Bright Lights, Big City "de Jay McInerney. Membre du fameux "Brat Pack" aux côtés d'Ellis, McInerney ou encore Donna Tartt, Jill Eisenstadt a connu un succès fulgurant avec ce premier roman alors qu'elle sortait à peine de l'université. "Un été à Rockaway" est une comédie dialoguée à la perfection autant qu'un poignant roman d'apprentissage sur la jeunesse américaine des

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