Pierre Pelot, Les Normales saisonnières

Clément Solym - 08.02.2008

Livre - Pierre- - Pelot - Normales-


Deux enfants appellent leur père, vautré sur son lit au milieu de bouteilles d’alcool, de cendres de cigarettes et d’une Winchester : « Elle » est au téléphone.


Pensionnaire d’un petit hôtel d’une bourgade de la pointe Sud Ouest des côtes du Finistère, un homme se promène, solitaire et triste, sur la plage au bord de laquelle il se fait déposer par un taxi et où il marche dans le vent.

Visiblement, son errance n’est pas si désordonnée et quelque chose du passé le lie à ce Relais de la Pointe des Vans auprès duquel ses pas le mènent immuablement.

Et qui semble au cœur d’une discussion , qu’en un autre lieu, il partage avec un interlocuteur dont le profil se dessine au fil des pages.

Interlocuteur avec lequel les propos échangés sont lourds et durs. À mille lieux des échanges affables qu’il entretient avec la propriétaire et patronne de l’hôtel. Eux-mêmes à mille lieues de la violence contenue dans ce pistolet chargé qui traîne au fond du sac qui ne le quitte pas.


Le cadre est ainsi posé du déroulement d’un chouette bouquin qui mêle le drame psychologique vécu dans l’ombre d’un amour immense terrassé par une fugue passagère et le polar noir où se profile une vengeance froide et criminelle, macérée longtemps et pas assez profondément enfouie pour ne pas redevenir une obsession lorsque réapparaît la certitude que les ingrédients de la fugue existent toujours.

L’intrigue est distillée sur deux tableaux totalement décalés qui finiront pourtant par se mêler au terme de zigzags dont l’apparence erratique disparaît au fur et à mesure, dans une écriture habilement menée.

Mais, même si Pierre PELOT ne manque pas l’occasion de prêter à son personnage principal des comportements plus humains, il donne l’impression, par le détachement qu’il a de son récit, de ne pas vouloir être confondu avec lui.

De ne pas le cautionner ? À cause d’un côté trop noir, façonné par la vie difficile qu’il lui a dessinée ? Parce qu’il considère que ses « Normales saisonnières » ne sont pas si normales que cela.