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Ping Pong, Valérie Mréjen

Clément Solym - 01.09.2008

Livre - Ping - pong - Valerie


En décoration de la galette du DVD joint à l'album, un gros gâteau blanc, bien crémeux, bien chimique, comme on en faisait dans les années 70, avec en grosses lettres bleues "You'd better appreciate". On se croirait le jour de son anniversaire, avec de gros paquets kitsch autour d'un gâteau qui nous écoeure déjà. Et il va falloir s'enthousiasmer et dire merci! Gloups. Accrochons-nous.

À l’occasion de l’exposition consacrée à Valérie Mréjen à la galerie du Jeu de Paume au printemps dernier, les éditions Allia ont publié cet ouvrage de 150 pages, accompagné de 4 vidéos sur un DVD joint. L'auteur, plasticienne, écrivain et vidéaste, née en 1969 y évoque son enfance, ou plutôt certains épisodes particuliers dont elle se souvient sur son grand-père, son père...

Elle nous parle des appartements, des objets, de la façon terrible dont son père s'emparait sans émotion du service à thé d'une vieille dame qui venait de mourir : « Un rapport complètement désinvesti à l'objet ». Suit une belle digression qui nous apprend ce qu'on trouve dans une brocante et comment les objets vivent, meurent pour les uns, revivent pour les autres, et connaissent pendant cette brève période où le brocanteur les expose une nouvelle fraîcheur, mais attention, au bout de deux ou trois jours, un objet non acheté « se nécrose », « encore ce vieux machin ! ». Ben oui, justement, cela s'appelle une brocante, mais seuls les jeunes vieux objets sont intéressants...

L'idée de cet ouvrage a été de changer un peu des catalogues d'exposition, de proposer la genèse des oeuvres de Valérie Mrejen. Alors, elle se prête au jeu du ping-pong, questions réponses qui peuvent éclairer son projet artistique.

Un de ses amis l'interroge sur deux films fondateurs auxquels elle aime à se référer. La maman et la putain d'Eustache et un film de Chantal Akerman, Jeanne Dielman, avec la sublime Delphine Seyrig qui joue une petite bourgeoise qui se prostitue, comme d'autres vont chez le coiffeur. Quel point commun à ces films ? Deux vieux films français, deux histoires de prostituées, « le drame y côtoie toujours de près des moments plus légers » chez Eustache, et chez Akerman, une fin assez terrible qui n'émeut guère Jeanne Dielman sur qui tout glisse.

Quels points communs à tout cela? Des situations issues du quotidien le plus trivial comme autant d'échantillons de relations humaines que lient malentendus, quiproquos et clichés. Les petits films racontent la même chose. Des situations extrêmement conventionnelles, du théâtre de boulevard, des personnages écrasés par des mots qui ne veulent rien dire. Rien? Une vidéo tournée avec des jeunes de deux lycées de la région parisienne nous permet de ne pas sombrer dans la totale déprime. Ouf, I've appreciated!

Difficile de rendre compte de ce travail. Difficile aussi d'entrer dans l'univers de Valérie Mrejen par ce texte. Je vous conseille plutôt ses textes : Mon grand-père, l'Agrume, Eau sauvage portés par une écriture vive, ironique et cruelle. Extrait de l'Agrume:

« Il faisait un cérémonial de tout. Ouvrir le sac en papier des croissants, nettoyer ses verres correcteurs, verser du thé. Il aimait surtout défaire les emballages avec mille précautions. Il attrapait le papier de soie du bout des doigts et effectuait un mouvement du milieu vers les bords. Il aurait pu manipuler du gros carton comme si c'était un coquelicot pour la beauté du geste. »


Retrouvez Ping Pong sur Place des libraires




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