Place Monge, de Jean-Yves Laurichesse

Clément Solym - 22.11.2010

Livre - histoire - tragique - grande


Lors d’une courte permission pendant la Grande Guerre, un homme visite l’appartement de la Place Monge où il a vécu des heures heureuses avec son épouse et leurs jeunes enfants, avant le début du conflit.

Mais l’appartement est vide et les meubles sont recouverts de draps : signe que l’absence sera longue. Gabrielle est partie chez ses parents avec les enfants dans un village du cœur de la France. Là, elle attend le retour de son mari. Elle espère.

Leur séparation est une immense correspondance rendue bien difficile par les déplacements incessants des troupes et bien limitée du fait des interventions de la censure. Alors, là, dans cet appartement bien vide et bien silencieux, Jean s’installe à un petit bureau et, encore une fois, tente de recréer ce lien qui l’unit à Gabrielle.

Juste avant de rejoindre le train qui le ramènera vers le front, Jean dépose sa lettre à la Poste.

Mais la Guerre ne s’arrêtera pas assez tôt pour Jean qui sera emporté comme tant d’autres avant lui et tant d’autres encore après lui, quelques mois seulement avant que l’armistice mette enfin un trait final sur ces années de sauvagerie.

Place Monge est un roman intimiste qui retrace ce que des milliers de couples ont enduré au cours de cette guerre terrible qui, au début du siècle dernier, a envoyé à l’abattoir tant de jeunes dans la fleur de l’âge. Au-delà du canon qui tonne et de la mitraille qui fauche toutes ces vies, il reste un peu de calme, le soir, pour lire des nouvelles des êtres chers ou leur écrire pour tenter de les rassurer.

Radio-France a, il y a une dizaine d’années, fait éclater ainsi des « Paroles de Poilus » dans la collection Librio. Des lettres magnifiques envoyées du front ! Des lettres identiques à celles que Jean envoie à Gabrielle.

Mais là, Jean Yves LAURICHESSE complète le tableau avec beaucoup de sensibilité et de délicatesse pour mêler les voix de ceux qui ont combattu et de celles qui ont bu leur désespoir jusqu’à la lie lorsque les nouvelles terribles tombaient du front, précédées par une visite lugubre des autorités municipales ou de gendarmerie. Impossible de ne pas éclabousser les enfants à qui on parle maintenant de leur Père au passé alors que leurs souvenirs des jours heureux restent encore tellement vivaces.


Mais les silences qui entourent ces malheurs, qui les enferment au plus profond de chaque être sont comme un éteignoir pour les générations qui suivent. Ceux qui sont revenus du front ne voulaient plus évoquer ces heures terribles pour ne pas les revivre encore et ne pas alimenter les cauchemars qui les hantent. Celles, et ceux, qui n’ont cessé d’attendre, en vain, le retour tant espéré ont enseveli le désespoir qui les a accablés dans un mutisme profond.

Seules des lettres échangées, précieusement conservées à l’abri des regards des autres, ont pu permettre aux générations suivantes, à leur découverte dans une malle au fond d’un grenier poussiéreux, d’effleurer tous ces non-dits. Avec une plume pleine d’empathie, Jean Yves LAURICHESSE dresse un portrait poignant d’une génération brisée. Un roman court, agréable à lire, magnifiquement bien écrit. Et un sujet toujours si lourd.

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