Plein les poches : fracassés ou marginaux, ces suicidés de la société

Victor De Sepausy - 24.01.2019

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Rejetés par la société, ou délibérément en marge d’un monde trop saugrenu pour mériter leur attention, ils sont légion à avoir défriché les champs de l’écriture. Dans leur propre vie, suintant et ruisselant dans leurs textes, ils introduisent un décalage qu'on ne rattrape pas. Ou alors, à ses risques et périls. Cette semaine, dans Plein les poches, à l'image du Chat du Cheshire accueillant Alice au pays des Merveilles : « Bienvenue chez les fous. »

Plein les poches
ActuaLitté, CC BY SA 2.0
 

Folie douce, folie tout de même. Et parce que, dans la hiérarchie des sentiments, on bascule aisément de l’une à l’autre, c’est avec une colère mue en haine que l’on ouvre le bal. La fille tatouée, c’est une jeune femme totalement inappropriée pour un travail d’assistante qui nous ouvre les portes vers son esprit. 

Joyce Carol Oates, auteur, choisit Alma Busch, dont le corps scarifié a été masqué pour donner l’illusion de tatouage, comme assistante. Un masque, un vernis, une apparente tranquillité, mais en elle, Alma dissimule une rancœur grandissante. La confusion des sentiments, un vieux thème...


Parce qu’il ressentait en lui cette liberté qui, plus d’un siècle après sa mort, continue de nous fasciner, l’écrivain irlandais a gagné le panthéon. Figure incontournable, bretteur spirituel, empressé de vivre pleinement, Wilde était une forme de sauvage. Comment l’Angleterre de cette fin de XIXe siècle pouvait-elle laisser libre un tel énergumène ?

Le procès d’Oscar Wilde reprend l’ensemble des échanges et plaidoiries qui eurent lieu à Londres, en 1985, alors que l’écrivain est accusé de crime sodomite. La belle affaire, doit-il songer. Une scène lui est offerte, il en jouera avec tout le brio dont il est capable. Parias, peut-être, mais parias étincelant. Quitte à être au banc des accusés et celui de la société, autant bicher in excelsis...


Antonin Artaud, symbole même de ce que la société peut être défiée au risque de la voir briser des esprits trop libres – ou libérés. Nous l’avions déjà annoncé, la réédition des Nouvelles révélations de l’être est un projet éditorial en soi merveilleux. Parce qu’Artaud, de sa voix nasillarde et perchée, doit partir en grands éclats de rire à observer notre monde.

Dans ces lettres, c’est la parole prophétique dont il est le détenteur qu’Artaud s’exprime avec une troublante lucidité. Ou ce qui y ressemble. « Morts, les autres ne sont pas séparés : ils tournent encore autour de leurs cadavres. Et je sais comment les morts tournent autour de leurs cadavres depuis exactement trente-trois siècles que mon double n'a cessé de tourner. » Comment mieux le dire.


C’est la maladie qui frappe, qui dédouble, qui confronte l’esprit à la disparition prochaine. Ce sont les drogues qui délivrent un temps de la souffrance, mais plongent le corps dans une léthargie éclatée. On le désigne du nom de crustacé, mais c’est pour masquer à peine son véritable nom : cancer. 

La maladie qui provoque la peur, et la peur qui obsède, devient une détestable compagne, avec laquelle on se résigne à vivre... Mais vivre... « Le cancer nous a longtemps dit N’oublie pas que tu vas mourir. Nous pouvons changer de mantra. N’oublie jamais que tu vis. » Vie et mort d’un crabe plus un témoignage sublime, encore et toujours, qu'une longue leçon.


Et pour réconcilier tout ce beau monde, on s’en voudrait de laisser sur une note qui n’ouvre pas vers les merveilles du monde, pourquoi ne pas demander à la philosophie ? Par-delà le Bien et le Mal avec de belles majuscules, on trouve la pensée d’Aristote. 

Est-ce tout naturellement qu’on devient heureux ?, c’est cette légitime interrogation, finalement portée par chacun des auteurs – avec une réponse toute personnelle. Parce que le bonheur est une fin en soi pour l’Homme, sans qu’aucune règle morale n’en découle, comment finit-on par y accéder ? Existe-t-il une science du bonheur – la bonheurologie ? – ou passe-t-on par des dynamiques ? Se questionner est déjà un premier pas...



 

Vincent Borel – Vie et mort d'un crabe - Précédé de ADN chromatique – Sabine Wespieser – 9782848053080 – 8 €
Merlin Holland, trad. Bernard Cohen (anglais) ; postface Pascal Aquien) – Le Procès d'Oscar Wilde – Le livre de Poche – 9782253183433 – 8,20 €
Antonin Artaud – Les nouvelles révélations de l’être – Prairial – 9791093699165 – 9 €
Joyce Carol Oates, trad. Claude Seban (anglais) – La fille tatouée – Points – 9782757854624 – 7,90 €
Aristote, trad. Richard Bodéüs (grec ancien) ; annotation, Louise Rodrigue – Est-ce tout naturellement qu'on devient heureux ? – Folio – 9782072779817 – 3,50 €
 

 




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