Plongée au pays de la douleur, avis de tempête en Bretagne

Fasseur Barbara - 21.08.2018

Livre - Olivier Adam Chronique - La tête sous l'eau Oliver Adam - Young Adult Olivier Adam


ROMAN YOUNG ADULT – Avec La tête sous l’eau, Oliver Adam fait son entrée au rayon Young Adult. À l’image de Je vais bien ne t’en fais pas, il y met en scène le déchirement familial suite à une disparition, le manque, la difficulté à trouver sa place. Comment parvenir à se réinventer constamment pour préserver l'équilibre fragile de l'humain ? Et au centre de tout, dans une Bretagne morose, la souffrance, la douleur à l’image de l’océan. 

 

 
 

La tête sous l’eau, c’est un roman choral pas comme les autres. Ce ne sont pas les voix qui s’y mêlent, mais un chœur de douleurs, de peines et de blessures : des souffrances multiples et déclinées à l’infini dans toute leur profondeur. Elle est tantôt lancinante comme une mer d’huile, tantôt violente et enragée comme un soir de tempête, elles ont toutes voix au chapitre.

 

Olivier Adam nous plonge dans un roman fluide, liquide, où nous, lecteurs, sommes happés dans l’ambiance lourde et mélancolique de cette station balnéaire hors saison vide de ses saisonniers et de sa douce odeur de vacances. Malgré tout, sur les plages vides, on revient constamment à la mer. C’est beau, c’est apaisant, la mer, tout comme la douleur sait l’être, si l’on sait la comprendre et l’écouter.

 

Et pour mener ce bal sentimental, on y rencontre une famille brisée à plusieurs reprises. D’abord parce qu’il y a des ados en crise, ensuite parce qu’ils sont forcés de déménager et enfin parce que Léa, l'aînée de la famille, disparaît. C’est un quatuor brisé qui nous parvient, dont les éclats s'amenuisent aussi finement que ceux du sable de la plage bretonne où ils sont parvenus après leur départ de Paris.

 

Tout commence par une lettre. Seule autre voix de ce livre, les missives électroniques que Léa lance dans les méandres d’internet rythment le récit, avant, pendant et après l'impensable. De St Lunaire à Paris, cette correspondance amoureuse à sens unique s’épuise, se fait pressante — autant que les recherches pour retrouver l'enfant disparue ont su épuiser l’amour d’un couple déjà sur le déclin.

 

Mais c’est Antoine, le petit frère, qui raconte son histoire, celle des détresses qui l'entourent. On apprend tout de ses peines et de sa passion pour le surf, pour l’océan devenu à la fois son nouveau refuge et son nouveau bourreau. Reflet de son état, « une façon de noyer son chagrin de manière très littérale ». On en viendrait presque à oublier son prénom... 

 

Personne n'était prêt, jusqu’alors « rien de très original. Pas de drame majeur, et franchement, avec le recul, je donnerais cher pour que tout ait continué comme ça. » Mais le destin en aura voulu autrement. Depuis la disparition de Léa, « on crève tous la bouche ouverte » et le lecteur avec eux. Une famille bercée par une tristesse de routine à laquelle on ne devrait pouvoir s’habituer, embourbée dans les sables d’une tragédie quotidienne et d’un quotidien qui devient tragique.
 

 

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La voix et la détresse de cet adolescent mettent à nue les souffrances et mécanismes de chacun pour surmonter ce qui n’est pas surmontable. Si l’on s’accroche de toutes ses forces à ce roman, ce n’est pas pour son intrigue qui se dessine ni ses personnages quasi anonymes, mais pour ne pas se perdre dans un flot de sentiments si justes et si crus. Les peurs et les angoisses à nues prennent aux tripes et laissent à réfléchir, pantois de tant de puissance.

 

Ici, l’océan, comme la douleur, est indomptable, mais nécessaire : qu’on s’en éloigne ou que l’on s’en rapproche, qu’on décide d’y faire face ou de lui tourner le dos, qu’on aime s’y baigner ou qu’on craigne y tremper un orteil, son influence reste indispensable. On ne peut apprivoiser la douleur, on peut la chasser, mais tout comme la mer elle reviendra avec la prochaine marée.

 

En revanche, on peut apprendre à la regarder dans les yeux, à accepter sa présence, à comprendre son fonctionnement et enfin se laisser porter par le courant parce qu'après tout, « ce n’est pas si mal la mer. »

 

On pourrait décrire cette histoire toute en métaphore maritime, des personnages prisonniers dans des baïnes, des révélations fracassantes à l’image d'immenses rouleaux, des sentiments ballottés au gré de la marée, des recherches qui stagnent comme une mer d’huile et une histoire, aussi dure soit-elle, finalement effacée par le ressac, le va-et-vient de l’eau sur la plage. Et dire que les saisonniers eux, n’en sauront rien.


Olivier Adam - La tête sous l'eau - Collection R, Robert Laffont - 9782221215173 - 16,00 €
 

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