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Auteur invité - 21.12.2019

Livre - Victor Hugo - Regis Debray - Stendhal concours


ESSAI – Régis Debray, dans un petit essai intitulé Du Génie français, paru en septembre 2019, évalue les mérites respectifs de Stendhal et de Victor Hugo, finalistes d’une prétendue consultation des membres de la SGDL (Société des Gens de Lettres) pour savoir qui incarnerait le mieux « l’âme française ».



 
Selon lui, plus qu’une idéologie, Stendhal incarne un tempérament que notre siècle a adopté sans se l’avouer. Son style alerte et aéré, au tempo rapide, sied parfaitement au caractère de ses personnages. Julien Sorel, Lucien Leuwen et Fabrice del Dongo sont « minces, jeunes et beaux », élégants, ambitieux, provocateurs, désinvoltes et séduisants. Ils représentent les différentes facettes du « self-made superman », pour reprendre un néologisme de l’auteur, qui plaît à notre temps autant qu’il l’exaspère.

Il n’est à ses yeux pas étonnant que le président de la République ait choisi de poser à côté du roman Le Rouge et le noir sur son portrait officiel. Stendhal, fin connaisseur de l’Italie, wikipédiesque avant l’heure (voir ses Promenades dans Rome, un chef-d’œuvre d’érudition), a presque inventé la notion de culture générale et a importé le terme « happy few » pour caractériser une certaine aristocratie de l’esprit. Il déclarait d’ailleurs sans vergogne : « Je me soumets à mon penchant aristocratique après avoir déclamé dix ans, et de bonne foi, contre toute aristocratie. »

Au fond, le personnage de Stendhal est érudit et snob, mot dont l’étymologie « sine nobilitate » (« sans noblesse ») explique la définition : « Qui a l’ambition d’être accepté par les milieux distingués de la société et en imite les signes. » 

Victor Hugo, c’est autre chose. « Verbe haut, peuple magnifié, majuscules déployées » pourrait être le slogan d’une œuvre qui relève de l’embrasement. Il « force la dose », exagère, n’élague jamais et empêche de tourner en rond tous les monarques d’Europe. Il est partout. Tour à tour poète, romancier, dramaturge, il se fait le porte-parole des déshérités et des malheureux en luttant contre le travail des enfants, l’esclavage, la peine de mort, l’horreur des bagnes… Il est sur tous les fronts.

« Il y a des insomniaques que les cris de douleur des vivants et l’ombre accusatrice des massacrés réveillent au milieu de la nuit » déclare Régis Debray. Hugo en fait partie. Académicien et politicien, on lui a reproché ses revirements politiques alors que cette évolution montrait au contraire un désir de se conformer à ses idéaux qui, eux, ne variaient pas. 

On a longtemps observé dans certains cercles un grand mépris pour l’œuvre de Hugo. Stendhal était plus « smart. » On reprochait à Hugo son style trop lyrique, trop épique, trop outré, des intrigues trop pleines de bons sentiments, un ton trop paternaliste, une inspiration trop populiste. Trop de choses. Un encrier débordant. Mais Victor Hugo est justement grand dans sa démesure, dans sa volonté permanente d’atteindre le sublime sans craindre de frôler le ridicule. « Moitié Moïse, moitié père Noël », prophète généreux, il dispense ses dons sans avarice et les met au service de nobles causes.

Pour ne prendre qu’un exemple et non des moindres, Les Misérables est une œuvre magistrale qui pousse à la charité, un roman qui réveille la meilleure part de nous-mêmes, un récit entraînant. Hugo obtient de nous des « dévouements inattendus » en « sollicitant notre imagination ». Son œuvre est belle, mais aussi utile, bonne, nécessaire, et c’est en cela qu’elle est si grande. 

L’œuvre de Victor Hugo avance au large ou est arrosée par les embruns quand il est sur son rocher, ce qui lui donne le « souffle immense de la mer », tandis que Stendhal reste au port et ne veut surtout pas se mouiller les pieds. Hugo s’intéresse aux autres, se passionne pour eux, tandis que Stendhal se passionne pour lui-même, c’est la générosité sans limites de Monseigneur Myriel face à l’individualisme de Julien Sorel.

Là où Hugo cherche à servir, les personnages de Stendhal se servent, se préfèrent et se racontent. L’un est un « joyau de culture », froid et bien taillé comme un diamant, l’autre une force de la nature qui s’enflamme à tout propos. Stendhal n’aime parler que des choses du cœur, Hugo cherche à ouvrir celui de tous ceux qu’il croise. 

À la fin de cet essai, on comprend que l’auteur est définitivement passé du côté de Cosette, Ruy Blas, Claude Gueux et Quasimodo. « Je viens d’un monde où la royauté de Victor Hugo ne faisait pas question », déclarait-il en préambule. Il a donc entrepris de lui rendre son trône tout en exposant les importants enjeux du verdict de cette consultation. En effet, sa conclusion : « Stendhal, brillant second, mais Hugo tête de liste et dans nos cœurs » laisse place à une invitation : Il va falloir se retrousser les manches.  
 
Maëlle de La Chevasnerie
Professeur de lettres

Régis Debray — Du génie français – Gallimard – 9782072853340 – 14 €



Commentaires
plutôt Hugo pour l'aspect à la foi historique et visionnaire de ses œuvres
Débat inintéressant, ridicule et vain que celui de ce livre de Debray. Pourquoi comparer ainsi des écrivains ? et "écrivain national" sonne vraiment comme un oxymore répugnant.
Ni l'un, ni l'autre. C'est Rabelais! grin
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