Poésie et désenchantement, aux quatre coins du monde

Auteur invité - 04.05.2018

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Entre périples et amertume, Saisons de voyage, publié aux éditions Stock, nous fait bourlinguer, mais pas seulement... Dans un récit teinté de mélancolie, de désenchantement, mais aussi de poésie, Cédric Gras nous emmène en effet aux quatre coins du monde, mais aussi sur le terrain du questionnement.




 

Son livre est tout autant un carnet qu’une remise en question profonde du fait de voyager.
 

Exploration et frustration


Que cela signifie-t-il réellement aujourd’hui ? Quelles sont nos motivations ? Nos expectations ? Que peut-on voir qui n’a pas encore été vu ? Tant de tourments que l’on retrouve sous la plume talentueuse de l’un de nos meilleurs écrivains voyageurs modernes. Un auteur qui apparaît quelque peu frustré et désabusé qui livre sa réflexion sur notre monde moderne. C’est la vision d’un globe-trotteur empli d’un soupçon de désillusion, au milieu de cette planète qu’il aime arpenter, accompagné du fantasme de rencontrer une certaine virginité.
 

Au gré des pages, Cédric Gras nous embarque avec lui dans ses pérégrinations et dans ses interrogations. Entre les Andes, l’Islande, le Kosovo, le Tibet, l’Albanie, le Pakistan, l’Inde, la Mongolie ou encore la Russie, où il a même vécu pendant sept ans, c’est qu’il en a vu du pays ! Malheureusement, il n’est pas le premier à aller dans ces contrées.

Tout au long de l’ouvrage, on ressent chez lui cette frustration de ne pas avoir eu l’occasion d’être un pionnier, au même titre qu’une Ella Maillart ou une Alexandra David-Néel. L’auteur a le sentiment que tout a déjà été vu, vécu, exploré avant lui.
 

La nostalgie du passé face à la modernité
 

C’est donc animé d’une nostalgie palpable qu’il fait part de son regret de n’avoir pu vivre à une autre époque, une époque plus antérieure, une époque où les technologies n’existaient pas encore. L’avènement d’Internet, l’omniprésence des smartphones et l’apparition des GPS ont gâché une partie de l’essence même du périple. Il n’y a pas si longtemps encore, il était parfois difficile d’atteindre certaines régions du globe.

Aujourd’hui, il est on ne peut plus aisé de trouver un vol pas cher pour rallier n’importe quelle destination ou presque. Les compagnies aériennes se sont multipliées, le réseau s’est amplifié, densifié, au point de détériorer ces idées de voyage et de découverte si chères à l’auteur.
 

« L’exploration n’est plus guère possible que là-haut, dans le ciel constellé. Ce n’est plus une affaire de baroudeurs fauchés, mais d’éminents spécialistes et de budgets étatiques. La Terre est ronde. On s’est trompé d’époque. On a raté nos vies. Il nous reste la poésie. Qu’est-ce alors que cette grande affaire qu’on appelle le voyage ? Pulsion innée du grand large, séparation salvatrice d’avec les siens, voie apaisée vers l’âge ? », écrit-il dans le chapitre intitulé Anthropologie, dans un discours assez neurasthénique.

Ce qui l’agace aussi, ce sont ces afflux incessants et polluants de vacanciers. « L’ennemi du voyageur, c’est le touriste », exprimait-il d’ailleurs dans les colonnes de L’Express récemment. Alors pour éviter cette cohue à laquelle il goûte peu, il préfère aller se perdre dans l’immensité des paysages de steppes ou de taïgas à travers cette Eurasie qu’il aime temps.
 


 

Un écrivain qui s’affirme


Très tôt, Cédric Gras a pris goût au voyage grâce aux randonnées familiales qu’il a pu faire étant jeune çà et là en Europe. Aujourd’hui, il retranscrit comme personne ce qui peut ressembler à un art, un rite, un défi ou à une certaine forme de liberté... Entre errance et itinérance, il raconte avec une grande finesse le voyage et tout ce qui en découle, offrant un regard sur le monde contemporain, à la fois géographique et sociologique. Saisons de voyage, c’est donc aussi la confirmation d’un grand écrivain-explorateur.
 

À seulement 36 ans, le natif de Saint-Cloud (Hauts-de-Seine) nous avait déjà embarqué avec les ouvrages Vladivostok, neiges et moussons (Phébus, 2011), Le Nord, c’est l’Est. Aux confins de la Fédération de Russie (Phébus, 2013), Le Cœur et les Confins (Phébus, 2014), L’Hiver aux trousses. Voyage en Russie d’Extrême-Orient (Stock, 2015), Anthracite (Stock, 2016) et La Mer des Cosmonautes (Paulsen, 2017).
 

[Extraits] Saisons du voyage de Cédric Gras
 

Extrait du chapitre Nostalgie de l’inconnu : « Pourquoi part-on ? C’est la question qu’on vous sert éternellement en entrée. L’appel du large est un signal que n’entendent pas toutes les ouïes. Aujourd’hui, je peux avec plus de certitude affirmer que je pars, car je m’ennuie. La Terre, vaste salle des pas perdus. Mais alors, il s’agissait sans doute de vivre autrement la fête de la jeunesse contre ceux qui vous accusaient dans une ivresse hurlante d’être rabat-joie, car vous ne vous abandonniez pas aux réjouissances. Que sont-ils devenus ? Ma bringue consistait à danser sur quelques arêtes alpines et à contempler des visages couverts d’autres sueurs que celle des boîtes de nuit. J’ignore si le voyage est une rébellion, une dissidence qu’on trahit avec les décennies. Peut-être avais-je quelque chose à exorciser. Peut-être était-ce simplement un loisir plus érudit que les vacances balnéaires. »


Cédric Gras – Saisons du voyage – Editions Stock – 9782234083394 – 18 €
 


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Pour approfondir

Editeur : Stock
Genre :
Total pages : 202
Traducteur :
ISBN : 9782234083394

Saisons du voyage

de Cédric Gras

Du Tibet à l’Albanie, du Pakistan à la Mongolie et à travers toute l’Eurasie, Cédric Gras interroge le voyage. Rite de passage pour la jeunesse occidentale dont il faisait partie. Âge d’or de l’exploration d’un monde qui l’a fait rêver, mais que sa génération a trouvé transfiguré. Le voyage est aussi synonyme d’aventure, de poésie, de solitude ou de l’étude d’une langue. Comment redécouvrir la Terre au xxie siècle ?

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